P SG

 

intro
27 décembre - Les promesses de Paquito…28 décembre - La noblesse du manso perdido…29 décembre - Small n'est pas toujours beautifull30 décembre - Le jour de gloire…31 décembre - A las seís de la tarde… l'apothéose !1er janvier - Repos2 janvier - D'ombres et de lumières3 janvier - Coursiquette d'adieux…

 

 

27 décembre - Les promesses de Paquito…

Toros de "Achury Viejo" pour Nelson Segura (silence et sifflets), Juan Pablo Buitrago "Juan Pablo" (silence aux deux) et Wilde Perlaza Rebolledo "Paquito Perlaza" (une oreille et ovation).

Trois quarts d'arènes, grand beau temps. Décevante ouverture du cycle avec cette corrida 100 % colombienne. Non seulement à cause d'un bétail certes plutôt bien présenté (deuxième, troisième, le quatrième puissant et veleto) mais globalement faible (surtout les premier et cinquième) et au comportement parfois incertain (quatrième et sixième), mais aussi en raison de ce qu'il faut bien appeler la faiblesse de l'opposition.Même les acharnés du toreo exotique n'auront pu trouver dans les prestations de Nelson Segura et de Juan Pablo de quoi s'enthousiasmer.

Le public ne s'y est d'ailleurs pas trompé, les gradins du soleil entretenant une ambiance "sanferminera" tandis que l'ombre s'assoupissait dans l'émolliente moiteur de la fin d'après-midi. Seules les prestations de Paquito Perlaza, qui vient, malgré ses dix-sept ans, de conclure une brillante temporada en Espagne (36 novilladas et l'alternative le 12 octobre à Calanda) ont réellement permis d'échapper à la torpeur. Au troisième, joli toro veleto (504 kilos), l'ancien élève de l'École taurine de Cali, a mis pour la première fois le feu à la Plaza au cours d'une faena allurée, dominatrice et spectaculaire, avant de conclure d'une épée delantera qui ne le privera pas de la première oreille de la feria.

Moins bien servi au sixième, où il montre moins d'envie et de poder, il est pris sans dommage à la mort avant d'en terminer de trois épées et d'un descabello.

 

remonteren hautde la page

 

 

 

28 décembre - La noblesse du manso perdido…

Toros de "Mondoñedo" pour Hernán Ruíz "El Gino" (silence et sifflets), José Luis Moreno (oreille et silence) et Pablo Hermoso de Mendoza (silence aux deux).

Arènes combles, soleil, et vent gênant.
Une course que l'on pourrait presque oublier, avec un encierro de Mondoñedo qui s'est lui aussi avéré décevant.

Il faut à cette occasion saluer l'obstination des colombiens à imposer au moins un de leurs nationaux au cartel. Malheureusement, El Gino, originaire de Cartagena, comme son apodo l'indique, sorti en triomphe de ces mêmes arènes en 1995, ne semble pas prêt à prendre la relève du grand César Rincon. Inédit à son premier réservé et mansote, il livre au quatrième une faena plus que brouillonne, ponctuée de plusieurs échecs à la mort (deux avis).

Pablo Hermoso de Mendoza est apparu transparent face à un bétail "parado" peu propice au toreo à cheval, tandis que Moreno s'est montré limité au cinquième, qui s'avisait peu à peu. La bonne surprise, si l'on peut dire, est venue du deuxième exemplaire (460 kilos), un "manso perdido" d'école détalant à la simple vue du cheval. Après des banderilles noires posées avec hardiesse, le bicho se révélera un parfait collaborateur pour le matador qui n'en demandait pas tant. De courte charge mais buvant la muleta au ras du sol, il permit au maestro cordouan de montrer ses qualités de lidiador et de remporter un trophée malgré un premier échec à l'épée.

remonteren hautde la page

 

 

 

29 décembre - Small n'est pas toujours beautiful

Toros de "Alhama" pour José Gómez "Dinastía" (ovation et silence), José Ignacio Uceda Leal (silence aux deux) et Miguel Abellán (oreille et silence). Arènes pleines, vent gênant.

À peu près rien à déclarer sur cette triste tarde, si ce n'est que l'aficionado européen s'y est tout d'un coup senti en terrain connu : le lot de petits toros de "Alhama" (485 kilos de promedio), issus d'un croisement de Jandilla, Torrestrella et Guachicono, n'avait rien à envier, par sa faiblesse et sa mansedumbre, au défilé désespérant de semi-invalides et de mansos que l'on peut à loisir contempler dans nos arènes.

Exercice de figuration sans intérêt pour Dinastía et Uceda Leal. Abellán, pour sa part, se vit offrir au troisième un joli torito astiveleto annoncé pour 464 kilos (alors qu'il devait, tout mouillé, être plus près des 400…) qui présentait les meilleures dispositions d'esprit. Le madrilène, profitant de l'aubaine, débita facilement un récital de gala (statuaires, séries de droitières bien liées, manoletinas) qui porta sans mal sur un public dont le centre d'intérêt, sous le coup de l'ennui, tendait à dévier de la lidia vers le cuba libre. Oreille de festival.

remonteren hautde la page

 

 

 

30 décembre - Le jour de gloire…

Toros de Ernesto González Caicedo pour César Camacho (silence et salut), José Luis Moreno (silence et bronca après trois avis) et Juan Bautista (deux oreilles et applaudissements). Lleno et chaleur.

Forte personnalité, Don Ernesto González Caicedo est un formidable ganadero qui ne cultive que le seul encaste Santa Coloma. Il attendait beaucoup de cette tarde et force est de constater qu'à l'exception des second et sixième, ses pupilles ont ravi par leur jeu et par leur caste. Hélas, c'est au vaillant mais limité César Camacho qu'échut le toro sorti en premier, et qui fut pour nous le toro de la feria. Poussant à la pique jusqu'au centre de la piste, ce bicho gris comme on rêve d'en voir plus souvent répétera sans cesse à la muleta, des deux côtés, série après série. Malgré ses efforts (entame de rodillas, redondos, manoletinas), Camacho restera bien en dessous des possibilités de l'animal, le public réclamant même au matador de prolonger la faena tant le plaisir était grand de voir évoluer un authentique toro bravo.

Camacho sera inconsistant bien que volontaire à son second. Moreno, après être passé à côté du difficile second, connaîtra un naufrage total face au cinquième, mansote et compliqué : abrégeant sa faena, il essaiera en vain pendant dix minutes d'abattre un adversaire auquel il avait à peine soutiré une demi-passe. Dix ou douze épées, autant de descabellos et trois avis.

La véritable heure de gloire de cette tarde mémorable débute avec la sortie de "Buenas Pascuas", dont le comportement suscite aussitôt les acclamations du public, et l'apparition en piste du "Francés", attendu par les colombiens avec impatience depuis le début de la feria.

Jean-Baptiste accueille son adversaire de deux largas à genoux suivies de deux chicuelinas. D'emblée, le ton est donné : calme, temple, assurance portent sur "Buenas Pascuas" comme sur les gradins. Après une monopique, ce toro bien mobile de 472 kilos, étalera toutes ses qualités, remarquablement mises en valeur par un Jean-Baptiste multipliant les cites de loin dans une faena complète. Séries parfaitement liées ornées d'un changement de main de gala, le tout traduisant un dominio total. Se mettant aux goûts locaux, l'Arlésien achève son travail d'une série de manoletinas à genoux avant d'achever d'un recibir en pleine croix son adversaire qui aura largement mérité le tour de piste attribué par la présidence. Deux oreilles pour le français, et une première plaque à son nom sur le mur de la plaza, qui porte le nom des toreros sortis en triomphe de Cañaveralejo.Face au sixième, manso et distraido, Jean-Baptiste fera le maximum avec beaucoup d'envie, gagnant définitivement le cœur de l'afición colombienne.

Dans le callejón, Mario Posada, président de la Plaza, qui avait beaucoup misé sur cette course, et s'était fortement investi dans l'inscription d'un torero français au cartel, a les larmes aux yeux. Jean-Baptiste a déjà gagné ses contrats pour l'année prochaine.

Retour délirant des aficionados français sur le toit de leur chiva (minibus local), bouteilles de rhum en mains, sous les acclamations des colombiens. On ne sait pas encore que demain sera un autre jour…

remonteren hautde la page

 

 

 

31 décembre - A las seís de la tarde… l'apothéose !

Toros de "Torrestrella", pour Julían López "El Juli" (une oreille et deux oreilles), Juan Bautista (deux oreilles et deux oreilles) et Wilde Perlaza Rebolledo "Paquito Perlaza" (une oreille et deux oreilles symboliques). No hay billetes, vent doux, plaza fleurie décorée de tournesols, en signe du passage à une nouvelle année.

Quel magnifique symbole pour la dernière corrida des années 1900 que d'avoir fixé ce cartel ! Un espagnol, un français et un colombien.Un chef de lidia de dix-sept ans, deux matadors ayant pris l'alternative en septembre et en octobre dernier et, pour leur faire face, un lot de Don Alvaro Domecq, l'un des plus grands personnages du siècle taurin…

Six toros forts, puissants, encastés et mobiles, résistants à la mort, gratifiés de trois vueltas posthumes et d'un indulto, qui compteront pour beaucoup dans cette soirée inouïe. El Juli cherche d'entrée de jeu à s'imposer en patron pour son apparition dans la feria. Sérieux à la cape, sobre aux banderilles, il entame sa première faena aux planches pour ensuite citer du centre de la piste. Deux belles séries de naturelles.
Conclusion par manoletinas et passes à genoux. Travail sobre et efficace, tiers de lame concluant. Une oreille. Il touchera au second le seul toro retors de la tarde, difficile à gauche, et qui le mettra rapidement en colère. Beaucoup d'envie et de recours. Deux oreilles incontestables pour du travail de pro. Un tour de piste sans triomphalisme excessif.

Il faut dire que dès le second (560 kilos), Jean-Baptiste avait mis la barre très haut en empruntant à la cape les passes que l'on voit à l'habitude surgir des mains de Julian ou de Joselito, en brindant en piste son toro au Juli, puis en dispensant une faena - entamée par une cambiada plein centre - impressionnante encore une fois de calme et de temple (quelles séries profondes à gauche !), riche de pechos somptueux et conclue d'un nouveau recibir légèrement de côté. Deux oreilles et vuelta au toro. Tour de piste triomphal.Très torero, Jean-Baptiste ramasse un œillet qu'il embrasse délicatement avant de le tendre à une jeune et ravissante colombienne émerveillée au callejón.

Le récital se poursuit au cinquième, Ovejero (560 kilos), accueilli par des véroniques à genoux puis conduit par navarras, et qui prendra deux grosses piques. La faena, dédiée au public, est triomphale. Jean-Baptiste amène le toro au centre par trincheras, cite de loin pour une première série à droite rematée d'un pecho après changement de main. La première série à gauche demande du travail et se poursuit en redondo avant un trincherazo d'affiche, presque beau comme du Curro ! Le public en redemande et d'autres séries s'enchaînent, toujours aussi liées, le corps droit et relâché. L'entière un peu de côté mais efficace est donnée au milieu des clameurs. Deux oreilles, vuelta au toro.

Il est 18 heures. Minuit à Madrid et à Paris. Tout le monde s'embrasse, en piste comme sur les gradins. Les peñas lancent au maestro chapeaux et bérets. La joie est indicible et les larmes coulent. Les français crient "Bonne année Jean-Baptiste". Les colombiens se sont trouvés un héros.

C'est dans ce délire indescriptible que Paquito Perlaza, déjà très vaillant à son premier (une oreille), reçoit Agüita (560 kilos), qui s'en ira fortement pousser au réserve. Après un brindis à sa maman, le jeune matador colombien s'avance vers le plus bel exploit de sa jeune carrière : la première série, effectuée de rodillas, donne toute la mesure de la noblesse du Torrestrella.La suite se déroulera dans un vacarme insensé. Plutôt que de chercher à dominer, le caleño multiplie les passes qu'Agüita boit les unes après les autres.

Après tout, comme l'écrira un chroniqueur local, l'enthousiasme fait partie du patrimoine de l'humanité. Paquito propose série après série à son partenaire qui répond à chaque sollicitation. On ne les aurait pas séparés qu'ils danseraient encore ensemble.

Le premier indulto de l'an 2000 est accordé à la demande générale. Agüita finira ses jours auprès de compagnes colombiennes…

Le triomphe est général, les abrazos sont sincères, les larmes ont le goût des jours heureux. Sur le toit de la chiva, les drapeaux français flottent au vent. Ce soir, Jean-Baptiste et Julian fêteront le nouvel-an à la même table, face à face. Il n'est que huit heures du soir en Colombie, et la plus belle fête de l'année ne fait que commencer…

remonteren hautde la page

 

 

 

1er janvier - Repos

Toros de "Ambaló" pour José Gómez "Dinastía", José Ignacio Uceda Leal y Pablo Hermoso de Mendoza

Les suites des agapes de la veille et la clémence des cieux l'ayant emporté sur l'afición, vos reporters ont séché sans remords la corrida du nouvel-an. Il est vrai que le cartel faisait pâle figure face à l'attrait de la piscine et de la piña colada.

Des informations glanées dans la presse et des commentaires de camarades plus courageux, il ressort que Pablo Hermoso de Mendoza est fort justement sorti en triomphe nanti de trois appendices, tandis que Dinastía (avis et une oreille) et Uceda Leal (silence et salut) se sont montrés à la hauteur de leurs réputations respectives.

remonteren hautde la page

 

 

 

2 janvier - D'ombres et de lumières

Toros de "Fuentelapeña" de Abraham Domínguez Vásquez, pour Miguel Rodríguez (vuelta), José Gómez "Dinastía" (une oreille), Diego González (applaudissements), José Luis Moreno (sifflets après un avis), José Ignacio Uceda Leal (vuelta) et Juan Bautista (applaudissements). Arènes combles, temps incertain (quelques gouttes).

Énorme déception avec la traditionnelle et très attendue "corrida del toro", au cours de laquelle six maestros affrontaient six toros de la ganaderia de "Fuentelapeña". Un lot de toros hélas faibles et décastés sortant seuls de la muleta au bout de deux séries.

Seul Dinastía sortit son épingle du jeu en coupant une oreille après avoir brillamment posé les bâtonnets, Diego González esquissant pour sa part quelques gestes prometteurs. Le festival célébré en nocturne au profit de l'École taurine de Cali s'est en revanche avéré passionnant, bien que s'achevant sous l'averse.

Après une minute de silence en hommage à la Comtesse de Barcelone décédée quelques heures plus tôt, sept novillos colombiens de trois à quatre ans, bien charpentés, ont été combattus par César Camacho, batailleur (une oreille), Miguel Abellán, impérial de poder et d'aguante (deux oreilles), El Juli rayonnant (une oreille) puis Jean-Baptiste mal servi (vuelta), et Paquito Perlaza toujours bouillonnant (vuelta). Pablo à cheval dut faire face à un toro parado (salut).

La plus grande satisfaction vient peut-être du bouquet final, livré par le novillero Hernán Ocampo "Guerrita chico", élève de l'école taurine de Cali, qui livra une faena ébouriffante à un formidable novillo de Salento lequel avait été (mal) banderillé par Jean Baptiste et (un peu mieux) par Paquito Perlaza. Un festival par ailleurs rempli de détails où l'on aura vu El Juli proposer très discrètement à Jean Baptiste de partager les banderilles, et celui-ci décliner l'invitation tout aussi discrètement sans pouvoir réprimer un sourire. La complicité entre les deux rivaux, qui ne se sont pratiquement pas quittés de la semaine, aux arènes comme à la ville, saute aux yeux et fait réellement plaisir à voir.

On aurait bien aimé entendre ce soir là les histoires drôles qu'ils se racontaient au burladero avec Pablo Hermoso et qui les faisaient se plier de rire tous les trois… Miguel Abellan, lui, semble nettement moins enclin à la rigolade.

remonteren hautde la page

 

 

 

3 janvier - Coursiquette d'adieux…

Toros de "Achury Viejo" pour Miguel Abellán (applaudissements et silence), Julián López "El Juli" (deux oreilles et silence) et Alejandro Gaviria (applaudissements et silence). Arènes pleines, temps maussade.

C'est sans doute pour nous faire moins regretter la perspective du départ qu'avaient été organisée cette tarde tristounette donnée par un temps plutôt frais.

Le bétail s'est révélé désespérant : toros mansos, distraidos et de surcroît trop gras et trop gros, un comble pour un élevage latino-américain ! Achury Viejo, l'une des plus fameuses ganaderias colombiennes, maintes fois primée dans ces mêmes arènes, a des efforts à faire si elle ne veut pas se voir infliger de nouveau le sobriquet infamant d'Achury Cero…

Pour résumer les événements, on soulignera juste la décision d'Abellán, le plus mal servi, l'inexpérience de Gaviria, malgré de l'art et des intentions, et le savoir-faire du Juli, qui livra avec brio une faena d'infirmier au seul exemplaire exploitable. À l'arrivée, deux oreilles dont une violemment protestée par le public, qui pèseront lourd à l'heure de la désignation du triomphateur de la feria.

remonteren hautde la page

 

 

Le palmarès

L'impression laissée par la dernière course à laquelle il nous a été donné d'assister s'est confirmée le surlendemain 5 janvier : El Juli a fait montre de toute sa classe face à un splendide lot de Marca et remporte le titre de triomphateur de la Feria.

El Guti
janvier 2000


retour au sommaire

 

remonteren hautde la page