Pour la réalisation de cette conférence, Renaud Maillard
a bénéficié des collaborations suivantes :
Drs Vétérinaires Arcangioli, Ariola, Ballesteros, Compan, Daulouède, Dhenin,
Germe, Lignereux, Montesinos, Priaulet, Sautet
Dr en Pharmacie Blanc
Les éleveurs D. Aguirre, A.Domecq, N. Fraile, G.Marin
(synthèse réalisée par
Luz Puyol)
Les évènements de la vie du toro

La
naissance
Le taureau naît entre octobre et mars, à
lécart des hommes ; les vaches braves vêlent facilement,
et la taille du veau nest pas de nature à créer des
difficultés particulières : il ne pèse que de 20
à 35 kg, ce qui est largement inférieur au poids dun
veau délevage classique.
Pendant quatre mois, le petit brave va téter
; vers huit mois, il est sevré ; entre 8 et 12 mois, il est marqué
au fer pour identification (herradero). Cette cérémonie
aura pour témoins deux vétérinaires, léleveur
et deux gardes civils. Dès ce moment, mâles et femelles vont
être séparés.
Maintenant, les jeunes animaux vont aller montrer
leur potentiel en tienta, et même en retienta : à deux ans
révolus pour les mâles, et à partir de 1 an et jusquà
quatre ans pour les femelles.
Cette sélection est capitale pour le devenir
du jeune bovin : il va retourner au campo sil démontre les
qualités attendues par léleveur, ou dans le camion
du boucher si ce nest pas le cas.
Pour la suite de lexposé, considérons
que lanimal a passé avec succès lépreuve
des tientas, il ne fait pas de voyage sans retour en camion de planches.
Il faut noter que les gènes du comportement
(bravoure
) sont peu héritables, alors que les morphologiques
le plus largement (constitution, taille et forme des cornes
). Quand
léleveur choisit un mâle pour en faire un semental,
il ny a pas de possibilité de tester la qualité du
sperme, donc la fertilité du reproducteur.
Les vaches braves, les «mères à
taureaux », qui ont leurs premières chaleurs entre 9 et 13
mois, donneront 8 à 13 veaux dans leur carrière de génitrice,
dont 4 à 6 veaux mâles.
Les sementales officieront pendant une quinzaine dannée,
après deux années de prueba, trois ans sans service (pour
juger de la qualité des veaux quils engendrent), et un harem
de 20 à 50 vaches dans lequel il sébat de janvier
à juin. Le taux de réussite de fécondation oscille
entre 65 et 88 %.
Mais le taux davortement est relativement élevé,
il atteint 30 % dans certains élevages.
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Vache de un an.
Les vaches sont souvent les plus sacrifiées dans le plan de
rationnement alimentaire |
ALIMENTATION
Chez le bétail brave, selon quon est
mâle ou femelle, les objectifs et les contraintes sont différents,
et se jouent en bonne partie au plan alimentaire.

Chez
le toro :
Il doit arriver à lâge de cinq
ans, au poids de 540 560 kg (car il faut tenir compte de la perte
de poids, évaluée à environ 5 %, quil subira
durant le transport aux arènes.
Lélevage extensif de plein air a pour
corollaire une herbe abondante et suffisante à lanimal au
printemps seulement.
Autre élément non négligeable
: son activité quotidienne au campo est denviron 1500 kj
; lors de son combat, il passera à une activité instantanée
nécessitant 150 000 à 300 000 kJ !
En résumé, pour le toro, la réussite
pondérale est indispensable et difficile.

Chez
la vache :
On ne demande pas à la vache de grossir, bien
au contraire. Léleveur la néglige souvent, elle est
rustique et se contente de peu. Elle ne pèse que 250 à 300
kg. Mais de sa constitution dépend la vitalité et le poids
du veau à naître, et la quantité de lait quelle
produira pour le nourrir.
Pour les mâles et les femelles, la nature, équanime,
a prévu la « croissance compensatoire » : cest
à dire quau moment lherbe est abondante, le jeune bovin
grossit ; et quand la nourriture se fait rare, il métabolise les
graisses stockées en période faste !

Que
mange le toro, excepté de lherbe ?
du
foin (de bonne qualité)
des
glands
de
lorge
de
lavoine
du
tournesol
du
concentré
des
aliments traditionnels : fèves, tourteaux dolive.
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toro en finition pour une arène
de 1ere catégorie.
Noter l'engraissement excessif du bicho. |
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distribution de pienso à un lot de toros
préparés pour Madrid.
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LES PATHOLOGIES
Le bétail est sujet à plusieurs types
de pathologies.

1
Maladies parasitaires
On constate un fort taux dinfestation, avec
des disparités régionales.
Linfestation est dépendante du niveau
dimmunité de lanimal, de son alimentation et de la
fréquence des traitements. Chez le veau, la naissance tardive est
un facteur défavorisant.
Traitements des maladies parasitaires :
une
rotation raisonnée des pâtures, mais les surfaces délevage
extensif ont tendance à diminuer
un traitement
peut être administré, per os ou par injection, lors de
lherradero
traitement
ajouté à laliment, avec un problème de fréquence
des balnéations
.
Il devrait être pratiqué 3 traitements
par an dans les deux premières saisons de pâture, avec un
endectocide. Mais le problème de la réalisation de cette
médication est celui dune part, du coût, dautre
part celui, toujours délicat, de la manipulation.

2
Maladies infectieuses
L affection digestive du premier mois de la
vie est la gastro-entérite, souvent liée au vêlage
précoce ; les agents responsables sont les virus et les coccidies.
Les affections respiratoires, comme chez nous autres
les humains, surviennent surtout lhiver et sont provoquées
par des virus (RS, IBR) et les pasteurelles.
Autres affections :
tétanos,
charbon symptomatique (mortalité : 2 %)
lactinomycose
la kérato-conjonctivite
infectieuse.
Dautres affections sont dites réglementées,
ce qui signifie quelles doivent faire lobjet dune déclaration
obligatoire aux services vétérinaires :
Fièvre
aphteuse
Leucose
Brucellose
Péripneumonie
BSE (ou encéphalite
spongiforme bovine, dite maladie de la vache folle)
Tuberculose
Pour la tuberculose, il peut être pratiqué
chez la vache lintradermotuberculination (2 manipulations) ; mais
il existe évidemment de nombreux freins à léradication
en cheptel brave.

3
Maladies nutritionnelles
Les jeunes, cest connu, ne savent pas se modérer.
Le veau brave est capable de se gaver de lait maternel jusquà
lindigestion. Il faut le savoir, et renoncer à lidée
de lanimal « raisonnable », qui sait ce qui est bon
pour lui. En tout cas, chez le veau, ça peut rater.
Mais, le veau peut aussi souffrir de carences en vitamine
E et en Sélénium, en vitamine B1, et en oligo-éléments
: Zinc.
Lhormiguillo, ver de la corne, peut aussi infester
le jeune animal. On connaît mal la raison de cette infection, génétique
ou alimentaire ?
Chez le toro, les maladies nutritionnelles sont de
loin les plus préjudiciables donc les plus redoutables.
Comme on la vu plus haut, le toro doit atteindre
un poids réglementaire pour combattre. Il reçoit en conséquence
une supplémentation de 1 a 8 kg daliment par jour, parfois
ad libitum, et des maladies du déséquilibre et de lexcès
peuvent apparaître lors de la finition.
a) acidose ruminale et fourbure :
Lacidose de la panse est provoquée par
lingestion excessive de glucides à fermentation rapide (amidons
et sucres) accompagnés dune faible quantité de fibres
(cellulose).
Pourquoi ?
La digestion normale des hydrates de carbone aboutit
à la formation dAGV, acides acétique, propionique,
butyrique, et à des quantités modérées dacide
lactique. Le bovin, pour être et rester en bonne santé, doit
garder un bon pH ruminal (entre 6,5 et 7,5).
Sil y a excès de glucides rapides, il
y a modification de la flore ruminale accompagnée dexcès
dacide lactique ; cette hyperlacticidémie conduit à
la détoxification partielle du foie et des reins (14 % et 13 %
respectivement).
Les conséquences sur le toro peuvent être
carrément mortelles, par exemple en cas dacidose suraiguë
; si lacidose est seulement aiguë, il aura la diarrhée,
des signes nerveux, et des séquelles sont possibles tels les abcès
hépatiques, la dégénérescence rénale,
la fourbure (pododermatite aseptique) et, plus rarement, une pathologie
des cornes (cornodermatite aseptique diffuse), liée au fait que
le toro se gratte les cornes sur lherbe et quelles seffeuillent
à la longue.
Un déséquilibre de lalimentation
du toro sur une longue période conduit à lacidose
chronique, avec pour corollaires des troubles de la croissance, la fourbure
chronique, des défauts de développement des armures, et
diverses surinfections à point de départ digestif.
Comment éviter ces calamités ?
en
opérant les transitions alimentaires sur environ trois semaines
en limitant
la quantité daliments de complément à 5 kg
en ne dépassant
pas 14 % de protéines et 30 % damidon
en favorisant
lingestion dherbe/foin/paille
en donnant
le pienso habituel, au corral.
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souvent les mâles
d'âges différents sont mélangés sur les
pâtures.
Le suivi et la précision du rationnement sont dans ce cas plus
difficiles |
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les anomalies de la pousse
des onglons (voir des cornes) doivent faire penser à un problème
d'alimentation par excès, avec acidose métabolique secondaire. |

4
Traumatologie
Le toro nest pas commode, ou il a des voisins
pas commodes, ils sont tous assez susceptibles et la vie au campo ne ressemble
pas toujours à une communauté de hippies (malgré
lherbe) mais est le théâtre de temps en temps de bagarres
de voyous, dont les toros sont bien les acteurs et pâtissent, qui
sont la hantise du ganadero. Lui, il préfèrerait bien quils
réservent leur potentiel combatif au moment où lui, le ganadero,
ça larrangera. Mais le toro ne lentend pas toujours
de cette oreille, et il lui arrive globalement, à cause des rixes,
3 types daccidents :
blessures
de lil
fracture
des cornes
plaies cutanées
et musculaires.
Il faut noter que ce nest pas toujours la faute
du toro : il y a aussi la vie au corral qui peut donner lieu à
des accidents, et lenchiqueramiento.
Voilà le toro endommagé, il va falloir
le réparer.
Si il sagit dune blessure de lil,
un corps étrangers comme un épillet, ou une plaie cornéenne
due aux barbelés ou à un coup de corne, il convient daller
vite, pour éviter la formation dune cicatrice cornéenne
blanche (dite : nube) qui sera pénalisante au reconecimiento.
La fracture des cornes peut être terminale :
dans ce cas, la corne peut être arréglée et le toro
sera envoyé en spectacle mineur ; si cest une autre partie
de la corne qui est abîmée, cest la réforme,
sauf pour les reproducteurs.
Les plaies cutanées :
les
abcès nécessitent une chirurgie
les plaies
cutanéomusculaires, un traitement antibiotique retard et sutures
après parage chirurgical
les plaies
osseuses et articulaires ont peu de traitements possibles.
On observe jusquà 10 % de fractures diverses
dans la camada des 4 ans.
Comment va-t-on soigner le toro ?
Pour ce faire, il va falloir le tranquilliser ou lanesthésier.
Naturellement, il nest pas facile dapprocher le bovin brave,
peu enclin à coopérer. On tentera linjection grâce
à la perche (depuis un arbre par exemple), le fusil ou le pistolet
sont de bonnes alternatives. Il faut tout de même une seringue de
15 ml armée dune aiguille de 16 à 20 mm. Une fois
la cible atteinte, le toro va être entravé ou couché,
et suspendu par le chignon dans un travail ou un couloir de contention,
pour permettre aux hommes de lart de soccuper de ses blessures
sans risquer leur vie.
Molécules utilisées :
Acépromazine
(Vétranquil)
Xylazine
(Rompun)
Propionyl-promazine
(Combelene)
Etorphine/Diprénorphine
(Imobilon/Revivon)
Effets attendus
a) Xylazine
b) Etorphine/Diprénorphine
neuroplégique
vutilisé
dans la tranquillisation des chevaux (picadors
)
effet en
15 à 40 minutes
pas de
couchage
ci dessous : exemple de contention chimique avec Imobilon.
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Le toro est isolé, l'anesthésique injecté
depuis un arbre (seringue montée sur une perche),
le toro est alongé (effet environ en 5 minutes).
L'oeil est examiné,
puis une intra conjonctivale est pratiquée. |
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Conclusion
Le toro brave sinscrit dans une longue tradition délevage
ou les méthodes, les savoir-faire restent très ancrés
à la tradition. Le monde de lélevage brave reste assez
imperméable aux progrès scientifiques qui touchent les élevages
des autres animaux dits « de rente ». Le mode délevage
est celui dun bétail rustique, peu médiqué
(les soins aux animaux braves représentent seulement 0,4 % de leur
coût total). Mal nourri, peu entraîné, peu étudié,
le bétail brave résiste comme il le peut aux contraintes
de sa vie à la dure. Il est un cas à part, un survivant,
une chance quand il arrive aux arènes comme on aime le voir, fort,
bien constitué et brave. De sa naissance à ses cinq ans,
il reste lhypothétique combattant que nous verrons, peut-être,
si la nature la conservé digne des arènes, et un tout
petit peu, éventuellement, le souci des hommes.

Drogue
?
La question de la drogue et de
son emploi sur les toros de combat ne peut être éludée,
mais il est en même temps difficile dy répondre.
Ceux qui ont pris la peine de lire
la description de lusage, leffet et du coût des molécules
pourront faire quelques déductions, aborder quelques conditionnels.
Sans nier que ces pratiques peuvent exister, elles restent dune
manipulation délicate, et seuls des examens pratiqués par
des vétérinaires taurins sur lurine, le sang, les
viscères peuvent éventuellement fournir des preuves de pratiques
frauduleuses.






Synthèse de la conférence de Renaud Maillard realisée
par Luz Puyol