toro--Joyeux anniversaire Francis !
-------El Bombero Torero

 

Il y a des villes qui finissent par n'être connues que grâce à certains personnages emblématiques qui en sont les représentants. Et bien à Gimeaux, bled en banlieue camarguaise d'Arles, c'est Francis qui joue ce rôle. Et Francis, vous le connaissez tous grâce à ses arènes démontables qui font le tour du monde camarguais.

Ce dimanche 17 octobre, le club taurin 'Lou Fourmigo' avait décidé de fêter les 60 ans de Francis. Alors cascade de cadeaux, hommages et tout ce qui se fait dans ces cas-là. Et même pas une larme ! Costaud le Francis.

Alors fermons 'Paris-Match' et passons aux choses sérieuses. Nous sommes venus pour assister à un festival dans ces arènes creusées sous le niveau du sol et où les barrières sont constituées de morceaux de troncs d'arbres peints en jaune. Il n'y a qu'un rang de bancs, donc c'est debout que nous assisterons au spectacle. Mais ce sera notre dernière corrida de l'année, alors Miguel del Perez (ancien banderillero colombien), sa compagne, le vainqueur du grand tournoi de boules de l'été et moi même, sommes prêts à tout.

L'heure de la corrida arrive et la présidence occupée par Jean-Baptiste est en place. Le premier toro est pour Patrick Varin. Lors des quelques passes de cape, le toro lui a fait un quiebro (oui, vous avez bien lu, c'est le toro qui l'a fait) montrant qu'il ne faudra pas trop jouer sur la droite. Ce n'est pas plus mal, ça nous permet d'assister à une faena gauchère calme et ma foi pas trop mal. Je ne sais pas qui est la personne chapeautée (un superbe chapeau de cuir foncé) qui lui a conseillé de " mettre la droite pour voir ce qu'il fait " parce que je ne veut pas mettre les compétences d'Andaluz en cause, mais le résultat a été instantané. Le matador est passé par dessus les cornes de la bête et a eu droit à un plongeon sur le dos ensanglanté de l'animal. Ca lui a valu une oreille. Plus pour services rendus à la nation que pour autre chose mais bon, c'est un festival.

El Lobo a eu droit a un toro désarticulé. Je ne suis pas vétérinaire donc je ne sais pas ce qu'il avait, mais il faut imaginer qu'il arrivait a rester sur ses pattes de devant tout en couchant son arrière train sur le sol et ceci d'un coté comme de l'autre. Essayez de le faire, moi, je n'y suis pas arrivé. Du coup, pas de picador et il a fallu beaucoup de douceur pour que la bête reste debout. Bon, une oreille pour récompenser la douceur et l'alternative de ce jeune loup qui remonté déjà à quelques mois. Dommage pour le toro car c'était le plus beau de l'après midi.

Vint ensuite Samuel Rivera sur qui je ne dirai rien. On ne peut pas être bon tout le temps !

Sur les affiches était annoncé Julien Lescarret (Landes). Ca me fait un peu penser à certains boxeurs qu'on annonce comme très bons mais que personne ne connaît. On ne précisait pas qui c'était, on disait juste qu'il venait des Landes, ce coin étrange ou les pins montent droit vers le ciel et les vaches encordées. Que venait-il faire au milieu du mundillo camarguais. Son toreo a été sans doute le plus sérieux et appliqué du jour. Je l'avais vu en finale de l'édition 98 du bolsin de Bougue, ce qui m'a permis d'apprécier les progrès faits par ce jeune qui à mon avis est celui qui a le plus d'avenir dans le lot. Pour la première fois, il y eut une pétition d'oreille. Mais le président, pour ne pas avoir à regarder les quelques mouchoirs blancs éclairer les gradins vêtus d'hiver, s'est dit " tiens, je vais en profiter pour saluer El Bombero Torero. Comme-ça, tout le monde pensera que je suis décidé à ne rien donner et que je suis occupé à autre chose. " Et voilà notre Jean-Baptiste qui se tourne vers moi, me demandant par signes si j'allais bien… Mais je faisais parti des meneurs pétitionnaires. Et c'est une monobronca (c'est à dire une bronca menée par une seule personne : moi-même) qui s'est installée. Et vous connaissez les phénomènes de foule, tout à coup, tout le monde s'est mis à siffler la présidence qui a cédé l'oreille demandée. [j'avais réussi à influencer la présidence, pour moi, c'était une première. Quel triomphe !]

Le dernier toro, qui n'était pas marqué tout comme la moitié des bêtes du festival était pour El Coco. El Coco est un torero attachant et si un jour il devient riche, on pourra parle de Coco Rico. Ses grimaces de peur et d'application sont exceptionnelles. Et on peut dire qu'il n'a pas beaucoup de chance ; il marche sur son capote lors d'un quite, sa bretelle se décroche, son picador (Paquito Leal) s'applique lors de la pique, ce qui l'oblige à mener le toro deux fois au cheval, et en plus il passe en dernier. Bon, le combat est dur et accroché (il prend un tampon spectaculaire sans mal je l'espère) et à la mise à mort, l'estoque se casse en deux. Décidément, c'est un peu du toro-gag, mais El Coco a eu droit à son oreille et chose plus importante, à la bise de la charmante alguazililla qui n'était autre que la fille de Francis. Moi aussi j'aurais bien aimé avoir une oreille !

Voilà donc comment s'est passée ma dernière après-midi taurine de l'année. Et pendant que Jean-Baptiste se faisait engueuler par tout le monde pour ne pas avoir donné d'oreille à Samuel, je savourais les derniers instants taurins de l'année avant de remonter vers Paris.

Paris où le mot taurin n'est que synonyme de virtuel.

El Bombero Torero
octobre 1999

 

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toro--Marseille, samedi 12 juin 1999
-------El Bombero Torero

 

Depuis quelques années, le projet mûrissait dans les têtes de certains. Ce hangar que tout le monde appelle à présent "les docks " est bordé d'un immense terrain vague. Cette parcelle sert parfois de parking, d'autres fois de terrain à dépecer les voitures volées et trop rarement de terrain de foot. Pourtant, à l'époque où Tapie avait la mairie de Marseille en point de mire, il se disait que mettre le stade de foot de l'OM là, au beau milieu des quartiers historiquement populaires de Marseille, ce serait un bon calcul.

Cette fois, ça y est, la fiesta des Suds devient réellement la feria et ce terrain se transforme en plaza de toros. Et quelle plaza de toros ! Un cercle parfait de sable jaune, un callejon interdit aux stars du cinéma, de la télé, bref réservé aux aficionados et trois groupes de gradins, pas plus, pour que les habitants de la maison du coin et les passants puissent aussi profiter pleinement du spectacle (ça les changera des vagues du terrain).

Le public était invité pour 18h30. Il aurait été inutile de les attendre plus tôt car nous n'aurions pas assez pu profiter de la plage. Et les rayons de soleil sont si beaux à cette heure-ci que ça valait le coup d'attendre. A 18h30, c'est l'effervescence dans ce coin de port de Marseille. Pas celui qui est sur les cartes postales, le vrai, celui où se déchargent habituellement les denrées exotiques, les jeans Lévi's et les chaînes hi-fi 'en affaire'. A cette occasion, certaines andalouses à l'accent pointu ont ressorti leur panoplie de féria. A Marseille aussi, nous en avons des comme ça, mais on les reconnaît facilement, elles ont le même accent que leurs copines parisiennes. Ce qui est plus important, c'est que les jeunes que nous avons l'habitude de voir rodeoder dans le coin semblent intéressés par ce qui va se passer. On le serait à moins, des chevaux, des camions qui bougent avec des personnes dessus, des gradins comme à l'OM, C'est clair qu'il va se passer quelque chose de bien. Alors, ils s'approchent de ceux qui ont l'air de connaître le secret, posent des questions : " Oh mosieu, ces un bisont ki va sortir dans l'areine ? " Et on se retrouve à quelques-uns à leur expliquer ce qui devrait se passer. " Ah zarmach, moa le toro, jlui monte deçu ! ".

Malgré une vague crainte due à un lourd héritage furianesque, les gradins sont pleins. Nous pouvons inaugurer ces arènes qui n'ont pas encore de nom. Nous somme en bas du Bd National. Mais comme tout le monde se demande ce qu'il a de national, je pense qu'il serait bon déjà de changer ce nom qui n'a l'air qu'extrémiste et de ne surtout pas appeler ces arènes les 'arènes nationales'. Bien au contraire, nous allons appeler le boulevard 'Bd des arènes' et attendons qu'un enfant du coin triomphe là pour donner un nom aux arènes. De toutes façons, on continue à dire qu'on va 'au stade' quand on va dans ce que les parisiens appellent 'le vélodrome'. Et puis des vélos dans ce stade, je me demande ce qu'on en ferait. Mais on ne fait que s'éloigner du sujet alors que le premier toro est en piste. Le soleil a commencé sa descente vers la mer et la lumière que n'ont pas la chance de voir ceux qui se sont assis à l'ombre (ils doivent avoir les boules maintenant que je leur raconte) est du même jaune que le sable dont je vous parlais en commençant. Je ne sais pas si c'est recherché, mais c'est superbe ! Dans la maison du coin, les fenêtres sont pleines de gens. Eux au moins, ils peuvent utiliser le rebord de leur fenêtre pour poser leur Ricard. La prochaine fois, mon voisin de devant m'a promis de mettre un chapeau à bords plats pour que je puisse en faire de même.

Ce premier toro livre un combat tout à fait honorable. Nous ne nous souviendrons pas longtemps de son nom, de son élevage ni de celui qui s'est mis en face. Mais bon, il fallait bien qu'il y ait un premier. Et puis c'est parfait pour expliquer à mon voisin zaïrois quels sont les tenants et les aboutissants de ce qu'il se passe. Qu'il ne faut pas utiliser d'arc et que nous n'allons pas arracher les membres de l'animal. Il me raconte un rite africain qui ressemble de loin à ce que nous voyons, mais ça ne finit pas pareil et dans le cas qui nous concerne, on a déjà fait entrer le second toro…

La course s'est déroulée dans la joie et le bonheur de se retrouver là tous ensembles. Les images étaient superbes. Images d'enfants qui rient en découvrant qu'un toro, ça peut faire peur ne serait-ce qu'en regardant par dessus la barrière. Images de certains qui escaladent le grillage de clôture car ils n'ont pas l'habitude qu'on leur offre quoi que ce soit (là , l'entrée était gratuite). Images des habitants de la désormais célèbre maison du coin qui en sont à leur troisième Ricard. Images de ceux qui pensent que la vue est meilleure du toit de cette maison. Il faut tout de même préciser qu'à Marseille, les toits sont souvent des terrasses pour profiter encore plus du soleil. Images des organisateurs qui sont tout sourire, fiers de leur réalisation et qu'est ce qu'ils ont raison. Images des videurs qui sont là pour faire la sécurité d'on ne sait qui et d'on se sait quoi et qui commencent à se dire que c'est mieux que la sécurité du 'Rose Bonbon'. Bon, des images, j'en ai encore plein la tête, et si je me laisse aller, vous connaissez mon imagination, on n'a pas fini !

Je vous ai dit que la première des trois tribunes était à l'ombre au début du spectacle. Et bien la mienne commence elle aussi à se cacher du soleil. Et je me dis qu'il est temps de bouger un peu. Je décide alors de faire valoir mes droits de collègue de tout le monde pour descendre dans le callejon.

Me voilà donc installé dans la contrepiste des arènes de mes rêves, à moins de 500m de chez moi. Que peut-il m'arriver de mieux ? Je pense que même si le père Noël venait me voir, je ne serais pas plus heureux. Même si Fidel Castro me demandait de prendre sa succession, je ne serais pas plus … Quoique là, je me le demande. D'ailleurs, Fidel, si tu lis, appelle-moi !

Le dernier toro de la soirée est en piste. C'est le plus armé du lot. Son ombre, allongée par le soleil rasant le toit de l'entrepôt voisin est impressionnante. Le calme se fait sentir dans la foule bigarrée et tannée par le soleil. De plus tout le monde commence à comprendre les 'règles du jeu'. Plus personne ne s'attend à voir monter quelqu'un sur la bête, on ne croit pas que les chevaux vont mordre les cornus. On a compris que les trompettes n'indiquaient pas les heures ou les quarts d'heures et qu'on n'applaudissait pas uniquement quand la blonde en mini-jupe d'en haut de la tribune d'en face décroisait pour mieux recroiser ses jambes.

Certains commençaient déjà à se demander ce qui allait être servi dans les restaurants de la feria, si des cours express de salsa allaient être donnés avant que le groupe cubain ne commence son concert. A ce moment, Bernard, un torero marseillais aujourd'hui retiré passe près de moi en tenant une muleta sous son bras. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas si cette idée avait en fait germé en moi depuis le début de la course, de la journée ou peut-être depuis le début de ma vie, mais j'ai pris cette muleta et ai sauté la barrière. Derechazo, pivot sur ma jambe droite et rederechazo. Cette fois, je suis de face et je n'ai même pas à bouger mes pieds, l'animal est devant moi et répond instantanément à mon appel. Il s'enroule autour de mon corps, ou le contraire, je ne sais plus, mais je sens sa chaleur fauve qui commence à m'ensorceler et a faire frémir les gradins, les anisés des fenêtres (vous savez, la maison du coin) et même ceux qui sont sur la terrasse. Au son de " ma ville tremble, ma villes est malade " (Massilia), c'est la muleta à gauche et le corps entre les cornes que je me retrouve. Mais porté par l'ambiance, tout glisse. Lorsque le toro passe, j'ai le temps de voir le sourire de mes amis de plus en plus radieux. Surtout quand ils on été approchés par des personnages en costume sombre. Certainement pour discuter de contrats futurs.

Revenons-en au toro qui répondait inlassablement à mes sites. D'un coté, de l'autre, de face, en enchaînant. J'avais de plus en plus d'assurance et je sentais que nos mouvements s'unissaient. Les habitants de la maison du coin avaient asséché la source de Ricard et ils commençaient à montrer leur mécontentement. En effet, les personnes qui étaient sur les gradins étaient debout en criant " Torero " et du coup, ils ne voyaient plus que le bout des cornes du toro tant elles montaient vers le ciel.

Le moment de vérité arriva. Le toro et moi étions d'accord sur un point : il aurait été formidable d'avoir un indulto pour cette inauguration. Le toro aurait pu retrouver ses champs et leur quiétude. Quant à moi, je ne savais plus trop comment tuer et je me disais que ce serait dommage de tout gâcher. Mais il a fallu que je lève l'épée que Frédéric Léal m'a tendue. Il la tenait lui-même de Manolo Herrero qui n'avait donc plus rien pour décrocher les jambons dans son bar. Pour que tout se passe au plus vite, la mort fut subite. Je soupçonne le toro de s'être jeté par terre pour que ça soit plus joli. Le fait est que nous n'avons même pas pris le temps de couper les oreilles, la queue ou autre chose à cette pauvre bête. La foule se rua sur le sable en m'encerclant, je sentais bien qu'ils avaient eu du plaisir. Kamel, qui était un de mes compagnons de classe dans cette école du boulevard des arènes me pris sur ses épaules et nous étions partis dans le quartier. La foule avançait lentement dans les petites rues maintenant toutes à l'ombre des grands platanes. Les grands-mères se mettaient au balcon pour voir qui osait faire du bruit alors que le feuilleton de la 3 avait commencé. Les piliers respectifs des 236 bars de ma rue levaient leur verres sur notre passage. Je découvrais mon quartier à une hauteur inhabituelle. En effet, n'ayant jamais utilisé d'échasses, je ne savais pas à quoi ressemblaient mes rues à 3 mètres du sol.

Mais à Marseille tout grand événement se fini sur la Canebière. Et je ne sais comment le bruit a pu courir jusque là, mais me voilà sur les épaules de ce bon Kamel en haut de cette rue dont les Champs Elysées essaient d'égaler la réputation avec face à moi une marée humaine. Et à Marseille, la mer n'a pas l'habitude de suivre l'attraction de la lune. Alors si on veut une marée, il faut bien que ce soit une marée humaine. En passant au niveau du bd Dugommier, une autre marée convergeait, celle des gens qui descendaient de la gare Saint Charles. On se croirait au soir du 26 mai 1993. (pour ceux qui ne connaissent pas, c'est quand l'OM a été la première et la seule équipe française championne d'Europe)

Je pense encore à mon collègue Kamel qui me portait et qui devait certainement commencer à fatiguer sérieusement. On est arrivé sur le Vieux Port et là, j'avoue que j'ai commencé à avoir les larmes aux yeux. Ca doit être du au rayon de soleil qui passait entre les forts du bout du port et formait des reflets sur la surface de l'eau pour venir me taper dans l'œil. Ce rayon venait de disparaître car le soleil s'était couché clôturant ainsi cette formidable journée. J'avais triomphé dans ma ville lors de la renaissance de sa feria. La foule marseillaise avait accepté la greffe taurine et nous allions partir pour de longues années de grandes ferias marseillaises.

Voilà un bref récit de la journée du retour de la feria à Marseille. A vrai dire, tout ne s'est pas passé exactement de cette façon, mais certains mensonges sont parfois plus beaux que la vérité.

El Bombero Torero
juin 1999

 

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Joyeux anniversaire Francis ! (octobre 1999)
Marseille, samedi 12 juin 1999 (juin 1999)

 

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