"Il n'y a pas de haine dans la corrida, il n'y a que de l'amour et
de la peur"
Jean Cocteau
Maintenant, il est là, seul. Entouré, encouragé, mais
profondément seul. Il glisse lentement vers cette solitude qui le
gagnera totalement quand il entrera.
Il entrera la tête haute, le sourire aux lèvres, la
peur au ventre. Hanté par l'amour qui le lie à la bête. Il sera droit,
fier, faible et impuissant face à cet amour qui le tuera. Des yeux
hagards le scruteront, les siens seront envoutés, hypnotisés par ceux
de la bête. La lutte pourra alors commencer. dans un autre monde,
sur une autre planète, il luttera.
Peut-être a-t-il signé son arrêt de mort ? Alors, l'envie
de prendre des risques, de faire frémir tous ces regards oppressants,
ne le quittera plus. La magie fera son effet. Et alors tout deviendra
différent : toutes les notions essentielles quitteront son esprit
et l'ivresse, la sensation d'infini, l'envahiront. Transporté dans
l'allégresse de la danse suprême, il jouera son rôle. Il s'enveloppera
de sa cape pourpre, la fera vibrer et glisser comme un linceul sur
la bête.
Les applaudissements résonneront au fond de lui, chassant
pour un instant cette peur incontrôlable. il jouera longtemps. Il
aimera le toro longtemps, de toutes ses forces, et il le tuera tel
un amant inassouvi. On ne distinguera plus le Beau de la Bête. Tous
deux paieront ce combat. Et cette même solitude le prendra à nouveau
: perdre ou gagner, quelle importance ? Le voilà privé de sa cavalière
de bal, de son amour d'un soir, de son amour d'une corrida.
Puis, le soleil se couchera aussi rouge que ces larmes
de sang qui roulent, épaisses et veloutées, sur le costume glorieux
du vainqueur.
Camille
Alibert
novembre 1999