Le plus célèbre Rolland de France est retourné sur le Rocher.
Auprès de sa comtesse italienne, il va retrouver les
tapis verts, et avec elle, affronter bien d'autres vents et d'autres
marées. Après lui le déluge. Il en a connu d'autres.
"L'entraîneur qui n'a rien gagné" ne laisse de regrets
qu'à ceux qui aiment la démesure et l'excès. Et peu d'hommes sont
à ce point à l'image de la ville qui les a vus naître.
Croire que la faillite automnale de l'OM serait de son
seul fait n'est qu'un leurre pour parisiens en mal de médisance. Et
penser que des suisses allaient le supporter aussi longtemps que les
bordelais, une vraie galéjade. Des suisses qui lorgnent déjà du côté
du Racing Club de Paris, pour en faire le club résident du Grand Stade.
Quoi qu'ils fassent, d'ailleurs, ils ne feront pleurer personne. Les
joies et les larmes du Vélodrome ne seront jamais pour eux.
Parce que l'OM, lui aussi, est le reflet fidèle de son écrin, de la
lumière des Calanques, de la fureur du Mistral, du désarroi des vieux
cargos qui rouillent à la Joliette, de la splendide énergie des jeunes
marseillaises dont le regard porte tous les espoirs du monde.
Ce que Rolland sait bien, là-bas, à Monaco, où toutes
les émotions sont feintes, c'est que seule la passion ne peut jamais
s'éteindre. Et qu'à Marseille, la passion est tout simplement une
raison d'être.
"Droit au but". La belle devise. La plus belle des devises.
Celle de l'OM. Qu'importent les dissertations sur l'équipe et son
jeu ? Chacun a aimé Waddle, Skoblar, Carnus, Boli ou Jairzinho. Où
est le football dans tout ça ? Nulle part et partout. On parle, on
juge, on critique, on tchatche. On refait le monde. On encense ses
minots, ou on peste contre la terre entière.
Dirigeants corrompus, joueurs fatigués, arbitre vendu,
terrain lourd et on en passe... Et on se console grâce à tous les
trophées, à ces buteurs de rêve, à tous ces soirs d'Europe ou le nom
de l'Olympique résonne de Manchester à Moscou, de Bari à Athènes,
de Milan à Munich...
On ne choisit pas d'aimer l'OM ou de ne pas l'aimer.
On le respire, on le vit. Comme on entend les rires de l'Estaque,
comme on s'incline au soleil du soir, les pieds dans le sable des
Goudes. Comme on se baigne aux Catalans. Comme on sourit aux chats
des Auffes. Comme, parce tout simplement on existe, on maudit son
prochain mais que sans l'autre on n'est plus rien.
Parce que la mer est pleine de mystères. Parce qu'il
faut du vent pour que la pêche soit bonne. Parce que le poisson est
frais. Parce que la nuit, la ville est immense.Parce que si la vie
n'a pas de prix, rien ne vaut la vie...
Rolland, lui, est né là-bas.
Sortant du trou, il avait fait rêver Endoume. Emmené tout un quartier
aux portes de la gloire. Si près du bonheur... Mais comme toujours,
le bonheur s'était échappé, "à peine qu'on le voyait". Alors il lui
a fallu repriser les filets, prier la bonne Mère pour que la mer soit
bonne et pour que le vent souffle. Et de nouveau, faire face au vent,
de la Canebière au Pharo, de Saint-Charlesà Callelongue.
Sans oublier ses amis des Baumettes ni ceux de la Major,
Roland a toujours voulu tout rendre à celle qui lui a tout donné.
Marseille.
El
Guti
décembre 1999