toro--Après la gare de Perpignan, les arènes de Céret ?
--------El Guti


La morte saison du toreo, grâce à l'exhumation de polémiques récurrentes, permet aux aficionados exilés sous les brumes du Nord de conserver l'esprit en éveil et le ton vif. C'est heureux et bien réconfortant.
 
Au menu de ce début d'année, il a donc été proposé à l'afición parisienne de se prononcer "Pour ou contre Céret". La controverse fait grand bruit, suscite échauffements divers, paroles définitives et invectives au bord de l'anathème.
 
N'y a-t-il pourtant pas là complet détournement du débat ? Se proclamer "contre" Céret revient pour moi à se prononcer "contre" Séville, Madrid, Pampelune ou que sais-je encore. Se déclarer "pour" tombe tellement sous le sens que je doute fort qu'il y ait ne serait-ce qu'un seul aficionado, parmi les rares ayant osé avancer des réserves sur les intentions ou les réalisations des cérétans, qui en son âme et conscience, souhaiterait réellement qu'il soit mis fin à cette belle aventure. Voilà en effet des garçons intègres dans leur afición, brûlants de passion dévorante, dont le succès est à la hauteur des efforts accomplis. Et que certains les assimilent aux pionniers de Vic est tout à leur honneur.
 
Le débat est en fait ailleurs, et véhicule des enjeux plus spécieux. Les propos et les attitudes des gentils membres de l'ADAC et de leurs zélateurs tendent à faire apparaître le ruedo cérétan comme le centre du monde tauromachique. Il est vrai que l'on n'est pas loin de la Gare de Perpignan. On serait volontiers bienveillant si cette attitude relevait d'un chauvinisme bon enfant ou d'une autosatisfaction pleinement justifiée. Hélas, le message est insidieux, puisqu'il a pour objet d'exalter la présence de "gros toros pleins de cornes et de danger" dans un "ruedo étroit" et donc d'ériger en gardienne du temple (sans jeu de mots) "une des seules organisations purement torista", détentrice de ce seul fait d'une "vision intransigeante de la corrida".
 
Ne tournons pas autour du pot. J'ose écrire - et signer - que le "torisme" n'incarne pas, à mes yeux, la vérité universelle. Se revendiquer "torista" ne donne pas plus de brevet d'afición que de se proclamer "torerista". Pour Raymond Aron, se dire "de droite" ou "de gauche" revenait à être hémiplégique. Faire en tauromachie un choix aussi radical revient tout simplement à faire une croix sur la moitié des émotions qu'offre la planète des toros.
 
Passe encore que ceux qui voient une "alternative" là où il n'y a que complémentarité se complaisent dans leurs certitudes. S'il ne s'agissait que de discuter des goûts et des couleurs, tout serait pour le mieux dans la meilleure Bodega du commerce du meilleur des mondes. Mais au nom de quoi tel ou tel camp obtus s'érigerait en parangon de vertu ? Il n'est nul besoin, à mon sens, de créer artificiellement autour de la fiesta brava, une atmosphère morbide entretenue par un vocabulaire déplacé. La corrida se suffit en elle-même. Et le "rituel de la mort", fait tout autant "partie intégrante" de "la culture et du mode de vie" des sévillans que des cérétans, n'en déplaise à ces derniers. Il suffit d'ailleurs de vivre un seul dimanche de Pâques à la Maestranza, au lendemain des nuits blanches de la Semana Santa pour non pas s'en convaincre, mais le vérifier. Au surplus, le "mètre carré de l'accident" tant redouté de Dominguín, menace chaque torero, dans chaque ruedo, dans toutes les plazas du monde. Et là où sont morts El Yiyo, Paquirri et Montoliú, les programmes ne prenaient pas le soin d'annoncer des "toros de guerre".
 
J'ose toutefois espérer que ces trois disparus ne figurent pas, aux yeux des dirigeants de l'ADAC, au nombre des acteurs de "l'hygiéniste show-bizz actuel". Une locution spécieuse et tellement floue qu'on ne voit plus très bien qui elle vise. Agresser autrui sans nommer quiconque, de façon à ce que tout un chacun (ou bien personne ?) se sente à l'arrivée en position d'accusé, n'a jamais été la meilleure manière de faire valoir ses mérites. Surtout aux yeux de ceux qui, chaque tarde, se rendent aux arènes avec des yeux d'enfants, vivent la course avec une âme d'adulte, et ont la sagesse d'en repartir sans plus de certitudes.

El Guti
jaanvier 2000

 

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toro--La chanson de Rolland
--------El Guti


Le plus célèbre Rolland de France est retourné sur le Rocher.

Auprès de sa comtesse italienne, il va retrouver les tapis verts, et avec elle, affronter bien d'autres vents et d'autres marées. Après lui le déluge. Il en a connu d'autres.

"L'entraîneur qui n'a rien gagné" ne laisse de regrets qu'à ceux qui aiment la démesure et l'excès. Et peu d'hommes sont à ce point à l'image de la ville qui les a vus naître.

Croire que la faillite automnale de l'OM serait de son seul fait n'est qu'un leurre pour parisiens en mal de médisance. Et penser que des suisses allaient le supporter aussi longtemps que les bordelais, une vraie galéjade. Des suisses qui lorgnent déjà du côté du Racing Club de Paris, pour en faire le club résident du Grand Stade. Quoi qu'ils fassent, d'ailleurs, ils ne feront pleurer personne. Les joies et les larmes du Vélodrome ne seront jamais pour eux.
Parce que l'OM, lui aussi, est le reflet fidèle de son écrin, de la lumière des Calanques, de la fureur du Mistral, du désarroi des vieux cargos qui rouillent à la Joliette, de la splendide énergie des jeunes marseillaises dont le regard porte tous les espoirs du monde.

Ce que Rolland sait bien, là-bas, à Monaco, où toutes les émotions sont feintes, c'est que seule la passion ne peut jamais s'éteindre. Et qu'à Marseille, la passion est tout simplement une raison d'être.

"Droit au but". La belle devise. La plus belle des devises. Celle de l'OM. Qu'importent les dissertations sur l'équipe et son jeu ? Chacun a aimé Waddle, Skoblar, Carnus, Boli ou Jairzinho. Où est le football dans tout ça ? Nulle part et partout. On parle, on juge, on critique, on tchatche. On refait le monde. On encense ses minots, ou on peste contre la terre entière.

Dirigeants corrompus, joueurs fatigués, arbitre vendu, terrain lourd et on en passe... Et on se console grâce à tous les trophées, à ces buteurs de rêve, à tous ces soirs d'Europe ou le nom de l'Olympique résonne de Manchester à Moscou, de Bari à Athènes, de Milan à Munich...

On ne choisit pas d'aimer l'OM ou de ne pas l'aimer. On le respire, on le vit. Comme on entend les rires de l'Estaque, comme on s'incline au soleil du soir, les pieds dans le sable des Goudes. Comme on se baigne aux Catalans. Comme on sourit aux chats des Auffes. Comme, parce tout simplement on existe, on maudit son prochain mais que sans l'autre on n'est plus rien.

Parce que la mer est pleine de mystères. Parce qu'il faut du vent pour que la pêche soit bonne. Parce que le poisson est frais. Parce que la nuit, la ville est immense.Parce que si la vie n'a pas de prix, rien ne vaut la vie...

Rolland, lui, est né là-bas.
Sortant du trou, il avait fait rêver Endoume. Emmené tout un quartier aux portes de la gloire. Si près du bonheur... Mais comme toujours, le bonheur s'était échappé, "à peine qu'on le voyait". Alors il lui a fallu repriser les filets, prier la bonne Mère pour que la mer soit bonne et pour que le vent souffle. Et de nouveau, faire face au vent, de la Canebière au Pharo, de Saint-Charlesà Callelongue.

Sans oublier ses amis des Baumettes ni ceux de la Major, Roland a toujours voulu tout rendre à celle qui lui a tout donné. Marseille.

El Guti
décembre 1999

 

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toro--Bio de El Guti


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toro--Textes de El Guti pour Alternative

Après la gare de Perpignan, les arènes de Céret ? (janvier 2000)
La chanson de Rolland (décembre 1999)

 

 

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