toro-- La tauromachie, le theatre et la cruauté
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La comparaison entre la tauromachie et le théâtre est aisée.
L’une comme l’autre s’ouvrent selon un déroulement différent mais toujours identique. Le paseo se substitue aux trois coups du bâtonnier pendant que les hommes, ceints de leurs costumes de lumière, s’avancent sur la piste accompagnés de la musique. Chacune des deux représentations suit un ordre assimilable à une mise en scène.

Pourtant la tauromachie qui semble empesée dans un rituel immémorial laisse libre cours à la représentation dés que le second acteur du spectacle, le taureau, entre en piste. Il n’est à ce moment plus possible de suivre comme au théâtre un texte et une gestuelle écrite d’avance.
La tauromachie enferme dans un cadre rigide la spontanéité alors que le théâtre entretient une spontanéité artificielle.

Les mouvements et le savoir du matador n’ont pas été acquis pour être toujours restitués selon un ordre précis, mais pour pouvoir s’adapter à chaque taureau qu’il est amené à combattre. Aucun geste n’est dicté à l’avance face à l’animal. Chaque faena est une représentation unique, jamais répétée et non reproductible. Le combat du taureau est l’image de la réalité. Le réel qui pour Antonin Artaud n’est «qu’une des faces les plus transitoires et les moins reconnaissables de l’infinie réalité, le réel s’égalant à la matière et pourrissant avec elle ».

L’homme et l’animal ne sont jamais méprisables dans le combat qu’ils se livrent car ils n’incarnent aucun rôle et ne portent aucun masque.
L’ardeur, le courage, la bravoure, la peur et les émotions qu’ils ressentent s’expriment dans le combat. Ils sont eux-mêmes, une expression pure et immédiate de leur être. Le combat est un moment de vérité sans afféterie ni vanité, juste une description sans complaisance de ce qui est : du réel.

Dans les arénes on ne lave pas le sang qui coule, les blessés et les morts ne se relèvent pas à la fin du spectacle. La tragédie et la mort ne sont pas feintes.
En ce sens la tauromachie est ce qu’Antonin Artaud voulait que soit le théâtre : « un formidable appel de forces qui ramène l’esprit, par l’exemple, à la source des conflits ».

La Globule
février 1999

 

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toro-- Animalite ou humanite ?
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On sépare traditionnellement l’homme de l’animal en opposant la raison, propre à l’homme, à l’instinct dont fait preuve l’animal. L’homme n’est pourtant pas dépourvu d’instinct. Les réflexes, qui ne sont pas commandés par la raison, sont chez l’homme l’expression d’un instinct de survie. Est- il dés lors toujours pertinent de faire passer la distinction entre l’homme et l’animal par l’opposition de la raison à l’instinct ? Pour répondre à cette question
il serait intéressant d’observer une activité ou l’instinct et la raison de l’homme entrent en conflit. La tauromachie fournie à ce titre un exemple digne d’intérêt.

En soi, l’idée d’affronter une bête sauvage pesant plus de six fois votre poids, et dotée d’une armure impressionnante ne peut qu’être jugée déraisonnable. C’est pourtant là que se fonde l’humanité du matador de toros. L’instinct pousse tout homme a refuser de se mettre face à un taureau, mais la raison aussi paradoxalement que cela puisse paraître permet à certains de le faire. Pour cela ils subordonnent leur instinct à la raison.

Il n’est pas naturel d’écarter les bras et les jambes face à un taureau lancé dans sa charge, ouvrir son corps a la corne meurtrière. L’instinct de protection pousserait à se recroqueviller, se ramasser sur soi, dans l’espoir vain de ne pas être vu. Une telle attitude nous le savons conduit inéluctablement l’homme a se faire prendre par le fauve. C’est étrangement en «s’exposant » que le matador échappe à la corne de l’animal. Ce comportement s’oppose à l’instinct, aussi peut on dire qu’il est non naturel. Il est l’œuvre du savoir, de la science tauromachique.

Le toréador triomphe de la bête en accomplissant des gestes non naturels, mais dictés par sa raison. En ce sens il assoit son humanité et se dégage du fauve pourtant si près de lui dans le Ruedo. Face à la mort représentée par le taureau, l’homme fait jaillir son humanité. En privilégiant la raison au dépend de l’instinct : il se fait homme.
En ce sens la tauromachie est moins une expression d’animalité, qu’une affirmation d’humanité.

La Globule
novembre 1998

 

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toro--Toreo d'art
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...On oppose classiquement l'art et la technique. L'art est considéré comme un acte d'intuition et de génie étroitement lie à son créateur, alors que la technique n'est que la restitution d'un savoir appris, modélisé pour le plus grand nombre. Il serait pourtant hâtif et erroné de conclure que les artistes ne sont pas des techniciens. Et même d'excellents techniciens. En effet l'art ne se dispense pas de la connaissance technique.

Mais l'artiste sait faire disparaître le poids de la technique contenue dans son œuvre, pour ne laisser apparaître que la beauté de celle-ci. Ainsi aux yeux du spectateur elle ne repose sur rien, et elle ne trouve sa source en rien d'autre qu'elle-même. La technique n'est des lors plus autre chose que de la vanité.

La tauromachie, l'art et la technique ? . Pour l'aficionado comme pour le profane, il ne fait aucun doute que l'on affronte pas un taureau arme de son seul courage et de sa seule intuition. Elève d'une école de tauromachie, novillero puis matador. Le torero apprend et ne cesse de répéter des techniques dont il se sert dans l'arène face à son taureau. Mais cette technique ne doit pas donner prétexte à une démonstration. Elle doit être transfigurée, voir même défigurée. Le chorégraphe Merce Cunningham disait : "le mouvement n'a pas à traduire l'émotion … il doit en être la source".

Le torero artiste ne reste pas figé dans un mouvement définitif. Chacun de ses gestes se suffit à lui-même, ne reproduisant jamais le même geste, il crée l'émotion d'un instant qui s'évanouit aussitôt. Ainsi chaque nouvelle passe est une brève élégance saisie dans la fugacité du temps de son accomplissement. Une élégance qui mérite quel'on méprise le danger ou qui porte à l'oublier.

Singulièrement délimité dans le temps ou il est exécuté, le toreo d'art est inséparable de la temporalité. Contrairement a la majorité des œuvres d'art qui traversent le temps, une faena meurt en même temps qu'elle s'achève. Le taureau s'effondre sous l'estocade. Une mise à mort techniquement parfaite est indissociable de l'émotion dont elle préside. Car sans l'émotion née de la faena, il n'y a qu'une mise à mort, et non une tragédie.

Ainsi c'est paradoxalement en défaisant son œuvre que le matador la parachève. La technique sert à détruire ce qu'elle a construit.

La Globule
septembre 1998

 

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toro--Revisions et examens
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Pour cause d'examens, revisions et autres session de septembre, La Globule est dispense d'edito au mois d'aout..

Cool...

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aout 1998

 

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toro--Bio de La Globule


La Globule est né en 1974 à Namur (Belgique).
Etudes de philosophie à la Sorbonne (Paris).
Il suit actuellement les cours de l'Institut Français de la Presse

 

toro--Textes de La Globule pour Alternative

La tauromachie, le thêatre et la cruauté (fevrier 1999)
Animalite ou humanite ? (novembre 1998)
Toreo d'art (septembre 1998)
Revisions et examens (aout 1998)

 

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