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toro--Duende, sons noirs et citrons de l'aube
--------Luz-Puyol


Goethe, décrivant la musique d'Arturo Paganini :
" Elle a un pouvoir mystérieux que tous ressentent et qu'aucun philosophe n'explique "

Manuel Torrès, écoutant Manuel de Falla jouer lui-même son Nocturne du Généralife :
" Tout ce qui a des sons noirs à du duende "

Ainsi, commente Federico Garcia Lorca, " le duende est pouvoir et non œuvre, combat et non pensée. Les grands artistes du sud de l'Espagne, gitans et flamencos, qu'ils chantent, qu'ils dansent ou qu'ils jouent de la guitare, savent que nulle émotion n'est possible sans la venue du duende. Ils peuvent tromper le monde et donner le change ; mais il suffit d'être un peu attentif , de ne pas céder à l'indifférence pour éventer la ruse.

La venue du duende présuppose toujours un bouleversement radical de toutes les formes traditionnelles. Et lorsque cette évasion s'accomplit, tout le monde éprouve confusément cette émotion authentique qui soulève un enthousiasme quasi religieux.

Tous les arts, et même tous les pays, sont susceptibles du duende, d'ange et de muse.
L'Allemagne possède, sauf exceptions, la muse ; l'Italie a l'ange, en permanence ; mais l'Espagne est constamment animée par le duende, en tant que pays de musique et de danses millénaires, où le duende presse les citrons de l'aube, et en tant que pays de mort, pays ouvert à la mort.

En Espagne, le duende exerce un pouvoir illimité sur le corps des danseuses, sur la poitrine des chanteurs, ainsi que sur la liturgie de la corrida, authentique drame religieux, où, de même qu'à la messe, on adore et on immole un dieu. On dirait que tout le démonisme du monde classique se trouve rassemblé dans cette fête sans défaut ou se manifeste la culture d'un peuple et qui découvre en l'homme ses plus belles colères, ses plus belles rages et ses plus belles larmes. Car ni la danse espagnole ni la corrida ne sont des divertissements ; le duende se charge d'y faire naître la souffrance au moyen du drame.

C'est dans la course de taureaux que le duende prend son aspect le plus impressionnant, car il doit alors lutter, d'un côté, contre la mort qui peut le détruire, et de l'autre, contre la géométrie, contre la mesure, base fondamentale de cette fête .

Le taureau a son orbite, le torero la sienne. Entre les deux orbites, le point de péril extrême de ce terrible jeu. La muse peut guider la muleta ; l'ange, les banderilles . Avec eux, on peut passer pour un bon torero ; mais dans le travail de la cape, face au taureau encore intact, et u moment de tuer, il faut le secours du duende pour mettre le doigt sur la vérité artistique.

Le torero qui effraie le public de l'arène par sa témérité ne torée pas : il se met dans la situation ridicule - à la portée du premier torero venu -de celui qui " joue sa vie ", tandis que le torero mordu par le duende donne à la foule une leçon de musique pythagoricienne et lui fait oublier qu'il expose à tout moment son cœur aux cornes. "

(extrait de " Théorie et jeu du duende " - Conférence de F. Garcia Lorca à Cuba - 1930)

Luz Puyol
novembre 1998

 

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toro--Fiesta brava, ou le cante jondo andalou
--------Luz-Puyol


Anchos sombreros grises
Largas capas lentas
Ay ! Guadalquivir !
(F. Garcia Lorca)

Andalousie, pays maudit durant des siècles obscurs, où la marque des conquérants s'est inscrite sur son sol austère en lettres de sang. Au delta du Guadalquivir, où les mots exil, malédiction, massacre, douleur, religion, rédemption, tressent le berceau de la fatalité, est né "le noir taureau de peine" qui allait accompagner, éclairer l'Espagne de son ombre sauvage et indomptable.

Le taureau apparaît au fond des âges andalous, en divinité farouche, crainte à la hauteur de la vénération qu'elle inspire, symbolisant l'instinct ombrageux et intact, la destruction, le désir et ses bouillonnements qui menacent l'ordre social.

Les Romains opposent dans leurs cirques, le taureau à des lions éthiopiens, à des éléphants, à des léopards, et le taureau sort toujours vainqueur de ces joutes exotiques, armé de ces cornes plus dangereuses et effilées que des poignards. Quand les musulmans débarquent au 8e siècle, le taureau est tellement enraciné dans la tradition locale, qu'ils l'adoptent. Sous les yeux ébahis du peuple, chevaliers maures et chrétiens affrontent le taureau dans des joutes semblables à des tournois, ou l'on manie épieu et javelot, où l'on rivalise d'agilité équestre et de force pour échapper à l'armure du taureau, le feinter ; le chevalier met finalement pied à terre pour tuer le taureau. Peut-être le cœur de la piétaille bat-il alors pour ce dernier, qui pouvait encore d'un coup de corne, jeter à terre et piétiner quelques instants l'homme, et l'orgueil de sa caste.

Les siècles passent et le tournoi chevaleresque avec des taureaux s'installe partout. Sur les places des villages, on en combat jusqu'à vingt en une journée. La richesse de l'habillement des chevaliers, de leurs montures n'a d'égal que la sauvagerie de la joute, l'abondance du sang répandu, le nombre de chevaux déchiquetés et l'excitation que produit pareil spectacle, pareille odeur, pareille liesse, pareil effroi dont on redemande. L'époque est à cela.

C'est dans ce décor et que l'Inquisition viendra aux quinzième siècle planter ses tribunaux, noircissant le ciel des sombres et pestilentielles fumées de la purification religieuse. Ces séances se déroulent en trois jours précédées d'une procession ; elles se terminent par un châtiment , torture ou bûcher., devant le même public que celui des joutes, enivré par l'imminence de la catharsis et des cris des suppliciés.

Au dix-huitième siècle, les auto da fe s'espacent, et s'accroît alors significativement l'engouement pour les corridas. Et c'est dans l'iconographie de cette période fortement nourrie des pompes religieuses de l'Inquisition, de sa liturgie funèbre que la fiesta brava va trouve son identité, par un cheminement logique qui ne fait pourtant pas appel à la raison.

L'accession au trône d'Espagne des Bourbon fait prendre un nouveau tournant à la corrida. Entichés de raffinement et du goût versaillais, ils abhorrent les jeux taurins, ce qui, par esprit courtisan, en éloigne la noblesse et va les abandonner au peuple.

Le retour des gitans, longtemps chassés d'Andalousie, et réhabilités par le despotisme éclairé, signera le premier règlement taurin qui ait vu le jour. Le rituel de la corrida deviendra, écrit noir sur sable, l'exorcisme de la malédiction, la restitution mimée du malheur andalou. L'Andalousie où le taureau s'est inscrit et enraciné dans la nuit des origines et qui vient restituer dans l'arène la vérité de l'Espagne, pour que, comme dans le cante jondo qui s'élève dans la nuit pour nous rompre le cœur, "tout soit dit".

Luz Puyol
septembre 1998

 

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toro--Hay que dodo la Luz
--------Luz-Puyol


Manana, sin problemo...

Caramba.

Luz Puyol
aout 1998

 

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toro--Textes de Luz Puyol pour Alternative

Duende, sons noirs et citrons de l'aube (novembre 1998)
Fiesta brava, ou le cante jondo andalou (septembre 1998)
Hay que dodo la Luz (aout 1998)

 

 

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