toro--Le billet du Fantasmatador
--------Paul André Tuffal


No hay billetes ... Le folie El Juli - le 14 aout à San Sebastian - le 15 à Bayonne - le 13 à Dax partout la même chanson :

- Il y a le retour d'Espartaco ...
- Bon d'accord mais ...
- Il y a Tomas et son triomphe à Madrid ..
- C'est bon mais ...
- Il y Ponce ....
- Et alors ? nous on veut le Juli !

La tauromachie show-biz, "le toreador" omniprésent - Le prodige .... 600 000 francs par course ! 16 ans, vous vous rendez compte ! Les billets de banque partout : aux barreras, aux contra barreras, les taquillas prises d'assaut ...

On est loin des solitudes des ganaderias d'Estremadure, de Zahariche, de Palma del Rio ...

"Nous, on est branchés, et que nous importe le toro des paturages d'Andalousie ou d'ailleurs ?"

De la tauromachie comme un produit de consommation. La mort, le courage, l'interprétation de la force, de la bravoure ? oubliés derrière les paillettes de strass et les machos agités frénétiquement. Les toros ? on n'a pas regardé. Qu'est-ce que ça peut faire, un toro. D'ou viennent les toros ? ce sont des faire-valoir. Est-ce qu'on s'occupait de Donizetti quand on écoutait La Callas ?

El Juli fait pénétrer les toros dans les magazines "people". Quel "Gala", quel "Hola" de satisfaction ! Qu'est ce que vous allez parler de tauromachie ?

C'est vrai que Julian Lopez Escobar sait tout faire, qu'il a une science du toro époustouflante, que comme les autres il a senti la corne du toro dans son corps cet hiver au Mexique, qu'il triomphe à bon droit, parce que c'est un prodige... Qu'importe le toro dont il joue, on n'entend que le crépitement fanatique des "olé" et des palmas.

Puissions nous bientôt fermer les yeux et les oreilles à la foule, à la presse, aux télés et voir enfin avec passion le Toro et lui seul qu'El Juli torée pour nous chaque jour.

Paul André Tuffal
juillet 1999

 

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toro--Maestranza
--------Paul André Tuffal


Le 2 juillet 1939 dans la Maestranza : le premier taureau de Clemente Tsara pour l’alternative de Manolete de Chiculeo en présence de Gitanillo de Triana. Primitivement appelé « Communista» il s’appelle, ensuite, « Mirador » ce taureau d’alternative comme un observatoire de la vie de Don Manuel. Ainsi placé dès le début sous le signe du rouge, le drapeau rouge, la muleta, le rouge du sang.

Les flammes de la bougie, comme une hésitation brûlent la vie.
L’hésitation qui consume.

Il y a des soirs de corrida où l’on reste brûlé consumé alors qu’autour de soi les fleurs s’épanouissent en corolle. Et, au centre de soi la bougie, rassurante au milieu du bouquet.
Une cornada ne s’oublie jamais et ça tire un peu sur la peau, la marche ne s’arrête pas, on tuera quand même d’autres taureaux et on gardera la fierté de l’oubli de la cicatrice. Il y a des taureaux qui ne menacent pas, des bichos inoffensifs, et puis tout à coup, l’odeur de l’éther …

Il y a des combats souterrains invisibles des estocades pour soi seul alors que le taureau n’a senti la blessure que dans le secret du cœur.

Il y avait ce soir l’accord parfait du taureau et du torero. La vivacité, la sérénité. Il y avait elle et il y avait lui, la conclusion parfaite,
L’assomption du taureau et la sainteté du torero, l’homme et la femme dans un embrassement final. 

Paul André Tuffal
novembre 1998

 

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toro--Bayonne
--------Paul André Tuffal


Le 8 août 1965 à Bayonne : un taureau bizarrement nommé « Humorista » de la Ganaderia Juan Pedro Domecq musclé, fort bien armé, cornes relevées, vide la piste tant les toreros ont peur. Il freine sur les capes, fulgurants changements de direction. Le torero est deux fois désarmé. Il est pâle. Et les piques ! Du plus loin le taureau fonce et il pousse arc-bouté, refusant de quitter le cheval. Il retourne spontanément à la pique. Il fonce sur les banderilles plantées à la sauvette. Au dernier tiers, la bagarre d’emblée. El Pireo s’acharne à ne jamais rompre sous les assauts. Le Fantasmatador sent son corps venir à ses extrémités, il sent sa peau se tendre sous l’effet de ses muscles. Plus rien ne compte que la joie d’être vivant.
C’est grand le corps quand il est ressenti comme totalement corps. Une entière vient à bout du taureau après trois essais. Le Domecq fonce encore. C’est un grand corps qui ne veut pas mourir. Il lutte et s’écroule enfin aux pieds du diestro livide, épuisé. Un grand taureau qui a fait le corps du Fantasmatador se sentir grand et fait grand son esprit de lui avoir offert des luttes gigantesques. « Humorista » avait vécu et le Fantasmatador était un Homme !

Paul André Tuffal
novembre 1998

 

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toro--Journal de Don Manuel (3)
--------Paul André Tuffal


Le problème : c’est le taureau.

Il faut apprendre au taureau ce qu’il faut faire quand le problème menace de nous détruire, quand le problème se défend, quand il est sur un mauvais terrain, quand il ne se laisse même pas approcher, quand on n’arrive pas à le cadrer, à le fixer, à l’empêcher de donner des coups de cornes qui nous atteignent et cherchent à nous mettre dans l’impossibilité de combattre.

Les taureaux sont parfois des hommes, des questions dont nous n’arrivons pas à nous défaire et qui nous obligent à lutter pour les réduire dur des terrains défavorables.

Le problème parfois c’est nous. Il faut alors nous toréer.

Il y a des problèmes qui tuent et des problèmes qui refusent de combattre.

Quand les taureaux sont des problèmes, la seule estocade qui vaille est à « volapié » : se précipiter avec courage, s’engager, prendre des risques, et les voir grâce à la décision de notre mouvement, les voir rouler à nos pieds.

Mais quand les taureaux sont des hommes – c’est aussi valable quand c’est nous le problème – la seule façon de tuer est « a recibir ». Il faut que le problème et le porteur du problème demande lui-même que son problème soit résolu, disparaisse à tout jamais, parce qu’il aura été correctement « cité », à la bonne distance et sur le bon terrain, et qu’il sera venu se précipiter lui-même sur la solution qu’on lui aura tendu avec courage pour le voir
sans impatience mourir de lui-même.

Paul André Tuffal
novembre 1998

 

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toro--Journal de Don Manuel (2)
--------Paul André Tuffal


Absorber avec le leurre les charges hargneuses en les allongeant et en les convertissant en « temple ».

Le Fantasmatador avait pris l’habitude de dériver la haine des autres en faisant semblant d’être différent, il dilue leur agressivité en les obligeant à parler, à parler jusqu’à ce u’ils s’épuisent, ne sachant plus très bien pourquoi ils avaient attaqué.

L’un suggérait de témoigner pouvoir et lenteur. Un autre autorité et générosité. Un troisième le faisait pousser son adversaire au point de l’asphyxier par la pression insistante qu’il y mettait de manière à le dominer sans conteste, se dégagent de lui avec alacrité quand le contact avait été trop fort.

En voyant Juan Mora, il souffrit le calvaire qu’il avait souffert le matin même car à chaque tentative de porter l’estocade, le taureau lui coupait la sortie comme au moment d’obtenir gain de cause, à plusieurs reprises, le banquier new-yorkais avait démonté ses arguments.

Il apprit corrida après corrida à achever ses attaques avec une lenteur courageuse et à conclure par l’absolue maîtrise de son corps en le dominant avec la rectitude et la droiture d’un ange exterminateur.

En regardant les véroniques d’Espartaco il sut combien il fallait traiter l’adversaire en avançant la jambe, c’est à dire en cherchant à « mordre » sur son terrain, même en s’exposant et il bandait ses muscles et son énergie pour le réduire, avec une détermination farouche.

Paul André Tuffal
novembre 1998

 

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toro--Journal de Don Manuel (1)
--------Paul André Tuffal


Je « cite » l’autre. Je discours sur lui et ce discours c’est le « leurre » qui l’appelle, qui le fait se détourner de moi. Parce que je lui parle, parce que je le trompe avec des mots, je l’écarte de moi et je réussis à rester debout, parce que je suis celui qui parle, je suis celui qui « cite » et mon discours l’enroule autour de moi. Et mon discours se détache de moi comme la muleta. Ce discours, c’est moi et ce n’est pas moi. Je suis la parole, mais je tiens la parole à bout de bras, qui l’éloigne de moi et me laisse invulnérable parce qu’il ne peut pas atteindre
le « moi » qui parle, qui lui tend devant lui son image à lui, mais aussi l’image de moi que je lui tends en parlant de lui.

Je lui tiens un discours sur ce qu’il est, c’est moi qui le « cite », c’est moi qui l’invite à me découvrir et à se découvrir, parce qu’il veut savoir qui est cet autre qui devient lui en lui parlant de lui.

Je lui dis ce qu’il est par rapport à moi et que, s’il vient à moi, il sera comme cette image de lui que je lui présente, qu’il rejoindra s’il me rejoint moi, et je l’enferme dans le « temple », cette lenteur envoûtante qui l’empêche de s’évader, puissance de l’incantation où il se reconnaît sans se reconnaître, où il me reconnaît en train de devenir lui-même.

Paul André Tuffal
novembre 1998

 

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toro--Bio de Paul André Tuffal



Biographie et bibliographie en cours de constitution...

 

tin.gif (249 octets)--Textes de Paul André Tuffal pour Alternative

Le billet du Fantasmatador (juillet 1999)
Maestranza (novembre 1998)
Bayonne  (novembre 1998)
Journal de Don Manuel (3) (novembre 1998)
Journal de Don Manuel (2) (novembre 1998)
Journal de Don Manuel (1) (novembre 1998)

 

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