On aurait pu intituler cette chronique de la feria d'automne à Madrid
:
Juan Bautista : la confirmation d'une espérance.
Le pari était risqué : avoir fait sauter la banque de
Las Ventas en sortant par la grande porte à la San Isidro et remettre
toute la mise en jeu en venant prendre la confirmation une quinzaine
de jours après l'alternative, il ne fallait pas avoir froid aux yeux.
Disons tout de suite que si Juan Bautista n'a pas une
deuxième fois remporté le gros lot, il a gagné le respect des aficionados
et confirmé qu'il était une vraie promesse pour la temporada prochaine.
Il faut saluer le calme, et déjà la maturité avec lesquels il a affronté
ses deux adversaires d'inégale difficulté. Son début de faena au premier
fut un arc-en-ciel de bonheur, avec en particulier une combinaison
torerissime de changement de main, de pase de la firma et de trincheras.
La foule de Madrid, qui est généralement une machinerie
pesante, aussi lourde à s'envoler au septième ciel qu'un 747, eut
cette fois un sursaut instantané ; Juan Bautista réussissait d'emblée
un toreo de classe et de pellizco à mille lieux des besogneux de la
passe. Malheureusement, son toro s'éteignit, devint tardo, et il fallut
le toréer au goutte à goutte.La faena perdit son enchaînement et ces
passes isolées, accrochées quelquefois sur la fin, achevèrent de refroidir
les esprits.
Le deuxième, un beau cendré et salpicado de Santiago
Domecq, avait des intentions aussi peu limpides que les bigarrures
de sa robe. Distrait, freinant ses charges sur les leurres, trop avisé
pour se prêter au jeu, il ne permit pas à Juan Bautista de s'exprimer.
Sa seule qualité est qu'il s'élançait vite et venait assez bien de
loin. Juan Bautista aurait-il pu mieux en profiter pour le toréer
sur cette distance ? Il n'était certes pas évident de se confier avec
un tel animal.
De la corrida du lendemain, un seul émerge - mais avec
quelle grâce ! - le toreo de Pepin Jimenez.
Ce fut un art de prestidigitation et de délicatesse, harmonieusement
ciselé en quelques secondes.
Sans brusquer le toro, sans l'obliger, comme pour ne
pas froisser les dernières charges qui lui restaient, sans avoir l'air
d'y toucher, Pepin lia deux ou trois séries très brèves, ponctuées
par une passe de poitrine aux traits plus appuyés, et surtout nous
régala d'une combinaison de kikirikis et de trinchera.
C'était à rêver debout, ce c'est ce que fit le public
pour ovationner le matador.
Tout le reste, c'est à dire un toreo haché et forcé,
servi à des toros quine voulaient pas passer, nous ramena sur terre.
François
Zumbielh
octobre 1999