toro--L'espérance de l'automne.
--------François Zumbielh


On aurait pu intituler cette chronique de la feria d'automne à Madrid :
Juan Bautista : la confirmation d'une espérance.

Le pari était risqué : avoir fait sauter la banque de Las Ventas en sortant par la grande porte à la San Isidro et remettre toute la mise en jeu en venant prendre la confirmation une quinzaine de jours après l'alternative, il ne fallait pas avoir froid aux yeux.

Disons tout de suite que si Juan Bautista n'a pas une deuxième fois remporté le gros lot, il a gagné le respect des aficionados et confirmé qu'il était une vraie promesse pour la temporada prochaine. Il faut saluer le calme, et déjà la maturité avec lesquels il a affronté ses deux adversaires d'inégale difficulté. Son début de faena au premier fut un arc-en-ciel de bonheur, avec en particulier une combinaison torerissime de changement de main, de pase de la firma et de trincheras.

La foule de Madrid, qui est généralement une machinerie pesante, aussi lourde à s'envoler au septième ciel qu'un 747, eut cette fois un sursaut instantané ; Juan Bautista réussissait d'emblée un toreo de classe et de pellizco à mille lieux des besogneux de la passe. Malheureusement, son toro s'éteignit, devint tardo, et il fallut le toréer au goutte à goutte.La faena perdit son enchaînement et ces passes isolées, accrochées quelquefois sur la fin, achevèrent de refroidir les esprits.

Le deuxième, un beau cendré et salpicado de Santiago Domecq, avait des intentions aussi peu limpides que les bigarrures de sa robe. Distrait, freinant ses charges sur les leurres, trop avisé pour se prêter au jeu, il ne permit pas à Juan Bautista de s'exprimer. Sa seule qualité est qu'il s'élançait vite et venait assez bien de loin. Juan Bautista aurait-il pu mieux en profiter pour le toréer sur cette distance ? Il n'était certes pas évident de se confier avec un tel animal.

De la corrida du lendemain, un seul émerge - mais avec quelle grâce ! - le toreo de Pepin Jimenez.
Ce fut un art de prestidigitation et de délicatesse, harmonieusement ciselé en quelques secondes.

Sans brusquer le toro, sans l'obliger, comme pour ne pas froisser les dernières charges qui lui restaient, sans avoir l'air d'y toucher, Pepin lia deux ou trois séries très brèves, ponctuées par une passe de poitrine aux traits plus appuyés, et surtout nous régala d'une combinaison de kikirikis et de trinchera.

C'était à rêver debout, ce c'est ce que fit le public pour ovationner le matador.

Tout le reste, c'est à dire un toreo haché et forcé, servi à des toros quine voulaient pas passer, nous ramena sur terre.

François Zumbielh
octobre 1999

 

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toro--Stéphane Fernandez Meca confirme à Madrid avec mention honorable
--------François Zumbielh


L'épreuve était rude : 37° degrés à l'ombre, un public clairsemé, la plupart des abonnés de Las Ventas ayant déjà pris leurs quartiers d 'été, une arène parsemée de saveurs orientales et d'accents yankees … Mais ce serait une erreur de croire que la sévérité a cédé le pas à la candeur et à la complaisance. Sur les gradins surchauffés par le soleil il reste toujours un noyau de gardiens du temple pour faire entendre les exigences de "la première plaza du monde ". Rendons leur cette justice : les censeurs du tendido 7 sont restés fidèles au poste. Ils émergent au moment opportun des grappes de touristes et assènent d'une voix forte leurs éternelles sentences.

Fernandez Meca s'est tiré honnêtement de l'épreuve, face à des toros de Occitania (Simon Casas) dans l'ensemble distraits, incertains - quelquefois sosos dans leurs charges, et soudain âpres et brusques - en tout cas jamais dépourvus d'arrière-pensées, pour tout dire mansotes, et d'abord avec la cavalerie.

Au premier Occitan de sa confirmation, un toro faiblard mais qui venait assez de bien loin, sans jamais toutefois baisser la tête et s'engager franchement dans la muleta, Stéphane a eu quelque mal à trouver la distance. Et quand il l'a trouvée pour quelques naturelles conduites en douceur, l'animal s'est mis à accrocher de la corne, à raccourcir sa charge, à gratter le sol avec circonspection. Le mérite de Fernandez Meca est de ne pas avoir baissé pavillon, d'avoir pris son temps au risque de récolter un avis, et de s'être défait, somme toute habilement, d'un adversaire rétif (estocade courte, un peu en arrière et "tendue ") : un avis et silence véritable, c'est à dire sans récrimination intempestive de la part du "respectable ".

Le quatrième, son second toro, n'était pas non plus animé d'un esprit de franche collaboration. Il prenait les passes à son corps défendant, cherchait toutes les occasions de rompre le combat et, quand il se décidait en désespoir de cause à charger, le faisait en s'élançant comme un obus. Une première fois, Fernandez Meca reçut un avis, mais en l'occurrence c'est le toro qui le lui donna en déviant vers son corps. Calmement, Stéphane reprit le fil de sa faena et l'appela de la gauche, près des barrières. Le toro vint carrément sur lui et, fort heureusement, ne déchira que sa culotte à la hauteur de la cuisse. Imperturbable, mais se le tenant pour dit, le torero l'embarqua vers le centre pour une série de la droite courageuse et qui parvint à garder dans l'étoffe une tête aussi peu maîtrisable que le vif-argent. La belle clameur de vague du ole madrilène des grands soirs commença à s'enfler, d'autant que Fernandez Meca ponctua la série par une longue passe de poitrine templée. La brièveté obligée de la faena fit que ce ne fut pas un raz de marée, seulement un éclair de reconnaissance.

Stéphane conclut d'une bonne estocade, quasi fulminante. Il y eut une forte demande d'oreille (mais il étaient, hélas, peu nombreux, ceux qui avaient pensé à apporter leur mouchoir …) et une vuelta incontestable et incontestée. Même le 7, qui avait protesté contre celle de Canales Rivera, ne trouva cette fois rien à redire.

François Zumbielh
juillet 1999

Question subsidiaire pour les amateurs de colles taurines.

Comment se fait l'ordre des interventions quand il y a trois confirmations dans la même après-midi ?

Réponse : au premier toro, Canales Rivera remet les trastos à Fernandez Meca. Au deuxième celui-ci les remet à son tour au second confirmant, Carlos Pacheco. Au troisième Fernandez Meca les retourne au parrain, Canales Rivera, redevenu confirmant. Au quatrième Pacheco les redonne à Fernandez Meca. Canales Rivera torée le cinquième, et Pacheco le sixième. Il ne faut rien faire tomber, et en plus, garder toute sa tête pour ses propres toros !

 

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toro--Bio de François Zumbielh

François Zumbiehl est l'auteur de :
"Taurines"(éditions Climats),
"Des taureaux dans la tête" (éditions Autrement) ,
"Le Calife" (sur la vie de Manolete).

 

tin.gif (249 octets)--Textes de François Zumbielh pour Alternative

L'espérance de l'automne (octobre 99)
Stéphane Fernandez Meca confirme à Madrid (juillet 1999)

 

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