toroFERIA DE DAX 99
 
Le bilan de la feria

toroUne féria faible et afeitée. Une course de légende, un conte de fées, que dis-je, un miracle vint cloturer cette féria, et sans doute sauva les têtes de la commission taurine municipale. Un tremblement de terre dans le mundillo? peut être bien que la portée de cette course soit à relativiser...

Que retenir de cette féria? eh bien, de mémoire, quasiment rien... Si, José Tomas, qui torée dans des terrains impossibles, certainement le plus honnète du cycle, des gestes à faire s'évanouir la maestranza de Séville, un respect du public qui le fait inventer un toro arrêté et avec du genio, un torero entier, génial, avec beaucoup de pundonor, classique au plus haut point, bref, comme on voudrait en voir plus souvent. Il est à retenir également la présentation générale des toros, toujours pas de cornes à Dax, les toros étaient pour certains honteusement afeités, (premier de féria, 2eme de josé luis moreno, le lot de torrestrella en entier, les toros de florès certainement, même si cela ne se voyait quasiment pas...), l'absence de lidia, (il a fallu attendre le dernier jour pour voir un toro mis en suerte correctement...), des cariocas en veux tu en voilà, de plus applaudies par le public parceque le piquero avait relevé la lance (ouverture plus importante de la blessure...), des toreros toréant le plus souvent de pico, le retour a pied du numéro un de l'escalafon en corrida de rejoneo gâché par les toros, l'absence de travail de correction des défauts du toro, les toreros préférant toréer sur le passage et profilés ou fuera de cacho, un public qui pense avoir vu une bonne corrida si on lui livre des oreilles... les réelles satisfaction sont rares, trop rares pour que la dernière prestation puisse effacer le bide qui a précédé.

La municipalité de Dax avait vraiment manqué d'inspiration en choisissant les lots de cette année, rappelons que pour une novillada, en juin 97, elle avait été chercher un élevage de deuxième zone ( qui présente l'intéret de vendre des toros mieux présentés, et qui ne sont pas sujet à le manque de forces et de caste). Cela avait donné une course de grand intéret... Le seul lot qui a donné du jeu et qui a été intéressant dans son ensemble fut le dernier, et ce n'est pas un hasard, dès qu'on sort un peu des sentiers battus, qu'on va chercher des toros là où il y en a, ca relève tout de suite le niveau, et les gens peuvent prendre leur pied. (car les trois hommes du 17 n'auraient certainement pas fait mieux ou alors tout juste devant les cornus des jours précédents). Espèrons que pour l'année prochaine, la commission taurine aie l'idée d'aller chercher du sang neuf, ou renouvelé et qui ne soit pas sujet à la mode, pour au moins deux corridas, (Balthazar Iban, Adolfo Martin, Conde de la Corte, Guardiola Fantoni, Murube, Atanasio Fernandez, voir des élevages de second groupe) afin que l'on puisse voir des choses qui sortent de l'ordinaire.

Le premier tercio est de plus en plus mis de côté dans toutes les courses, les toreros font piquer leur toros n'importe comment, et la monopique carioquée est devenue la norme, et les gens d'en bas veulent nous faire croire que le toro d'aujourd'hui ne supporte qu'une pique ou alors une pique et une mini-pique, et l'on voit désormais le public s'extasier devant un toro qui pousse sur la première pique... "La bravoure de ce toro est énorme", sur une rencontre!!! La bravoure du toro faut il le rappeler se démontre lors de la deuxième pique et des suivantes... lors du premier contact, le toro ne sait pas encore ce qui va lui être administré ainsi s'il pousse, c'est par défense, c'est qu'il a été pris en défaut, et qu'il veut vaincre cet ennemi qui lui est imposé, de part sa naïveté première. une fois ce châtiment administré, il sait ce que va lui faire cette chose matelassée à l'extrème, plus souvent que ne l'autorise le règlement taurin. Rappelons que l'Union des Villes Taurines Françaises impose 2 piques pour chaque toro, les présidences ont volontairement escamoté des tercios pour plaire aux "stars" du jour. La réaction est prévisible, on pourra dire qu'une pique de plus laisse le toro exangue et qu'il ne peut plus servir à rien, la polémique dans ce cas précis est vite terminée. Au lieu d'administrer des rations de fer longues et carioquées, il suffit de réduire le premier châtiment, et d'en faire un autre, au lieu de donner 2 tout de suite, il faut donner 1+1, ou 1+0.5 ou éventuellement pour de toros ultra faibles, donner 1+0, faire seulement revenir le toro pour une rencontre au cheval, ou encore châtier le toro avec le dos de la lance du coté du bois. Bien sur, le toro sera placé de plus en plus loin pour démontrer la bravoure de l'animal. Des tercios de piques administrés de telle façon permettraient souvent aux maestros de grandir leur image, et de recevoir les faveurs du public toriste ou toreriste.

Il est dommage de voir que le public n'ait pas ces qualités qu'il avait il ya deux ans à peine. durant toute la féria, il a réagi plus en fonction des toreros qu'en fonction des toros, exigeant le changement d'un animal qui était réservé et ne chargeait pas (6eme de Cebada Gago), La présidence a cèdé, alors qu'il ne le fallait pas, ce toro n'avait pas de défaut physique, une fois passé à la pique, il aurait pu faire certainement un grand toro. De toute façon il aurait fallu le piquer pour voir ce qu'il en sortirait. On dit souvent qu'un toro c'est comme un melon; on ne peut savoir ce qu'il vaut avant de l'avoir ouvert. Ce melon paraissait mauvais, il a été jeté à la poubelle avant que l'on ai pu même gouter sa chair, dommage, mais ne nous inquiètons pas, il sera ressorti à la fin de la temporada pour un festival gratuit, avec pour adversaire un torero envers qui la mairie voudra faire un geste (vers octobre/novembre), si toutefois il n'a pas été abattu avant. Il devient urgent désormais de faire un effort d'éducation du public. Certaines associations s'y sont employées, avec succès d'ailleurs. Le problème est qu'il faudrait distribuer une brochure avant chaque corrida, les gens laissant en effet leurs papiers sur place, et oubliant le principal d'un jour sur l'autre.

Feria désespérante malgré quelques éclairs (Tomas je l'ai déjà dit, le classiscisme de Cordobes, et une épée honnête et limpide, Diego Urdiales qui aurait certainement préféré prendre son alternative face à des toros plus... comment dire... toros, les gestes de Paco Ojeda pour le souvenir, mais certainement pas l'ensemble de sa prestation, et l'envie de Meca), et un bouquet final de toute beauté. Le commentaire global serait certainement Peut mieux faire, dans les choix d'élevages, dans les choix des maestros (pourquoi ne pas faire venir Javier Vasquez au lieu de faire doubler el Cordobès? Pourquoi Liria qui ne torée plus depuis longtemps dans les arènes du parc Théodore Denis. Et pourquoi plus Juan Carlos Garcia?) et surtout dans le choix des présidences, qui sont composées pour faire plaisir à des personnes dont on est sérieusement ammené à douter des compétences (du moins dans le choix des trophées et de leur influençabilité)... (pourquoi ne pas mettre systématiquement un vétérinaire au moins?).

Lla dernière course restera dans les annales, mais se souviendra t'on des toros? De peu de force, ils ont tout juste permis aux toreros de briller, et ce que l'on peut prendre pour du temple serait plutot de la lenteur, distinction peut évidente à faire il est vrai, mais il est à mettre au crédit des toreros d'avoir bien, très bien même su exploiter cette faiblesse (excepté les 5 et 6 qui ont pu être tués à recibir), qui si elle n'était pas visible s'est inscrite en négatif par le peu de rencontre au cheval. Si l'on faisait un palmarès, je pense que toutes les récompenses seraient en cette corrida, et tous les pitos seraient en dehors... Une certitude, Les trois toreros ont su hausser le niveau au moment propice... Une anecdote sympathique: Miguel Abellan brinde son toro a Ponce, et le maitre est resté derrière le burladero pendant toute la faena pour conseiller le plus jeune du jour.

Cette course triomphale ne doit cependant pas etre l'excuse à une féria désastreuse, il y a du travail pour les années à venir pour améliorer le niveau de cette plaza, qui s'est sérieusement discréditée aux yeux du public et des professionels, et où les matadors ne viennent (dans leur majorité) plus pour se donner mais pour honnorer un contrat, prendre leurs sous et se casser, le sentiment du devoir accompli, laissant sur leur faim 8230 personnes, moins les admirateurs aveugles, qui applaudiraient à tout rompre une passe de toreo de salon de leur idole... Ce discrédit s'est mesuré à l'audience de la course "toriste" ou des gros trous étaient visibles dans les gradins (on parle de 1500 invendues, plus les places des revendeurs qui n'ont certainement pas trouvées d'acquéreur, s'emplifiera t'il l'année prochaine? cela se décidera sur la féria de septembre, et sur l'annonce des carteles pour la féria 2000. Les (mauvaises) surprises seront peut-être au rendez vous.

A bon entendeur...

Antoine Lacoin

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