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n° 121
lundi 12 juillet
1999
l'esprit
et la loi
Il y a quelquefois des réactions curieuses des assesseurs
aux présidences.
Pamplona est l'une des seules arènes de première en Espagne
à la présidence de laquelle ne monte pas, comme assesseur
technique, un ancien professionnel, mais un représentant de club
taurin.
Lors de la corrida du 7 juillet, le troisième toro du Marquis de
Domecq entra réglementairement deux fois au cheval. Miguel Abellán,
après un court échange de vue avec Oscar Chopera, demanda
le changement. L'assesseur technique, qui assistait madame le maire dans
l'arbitrage des débats, refusa cette initiative et obligea l'animal
à rentrer une troisième au cheval. C'était le meilleur
toro de la journée et il ne s'exprima ensuite qu'à moitié.
La lidia peut être abordée selon deux angles : le qualitatif
et le quantitatif. Même si quelqu'un ne comprend pas grand-chose
aux toros, de par ses facultés d'observation ou son manque d'expérience,
le quantitatif est le plus abordable : il suffit de savoir compter sur
les doigts de sa main.
Trois piques. Trois paires de banderilles. Dix minutes avant de tuer.
Quelque soit l'animal qui sort en piste. La loi, c'est la loi. Même
si on ne la connaît qu'à moitié : le règlement
actuel n'impose que deux rencontres au cheval et quatre banderilles. Le
point de vue quantitatif entre en vigueur dès qu'on admet que tous
les toros ne se ressemblent pas. Qu'il y a de grands toros d'une pique
et d'autres de cinq. Que le deuxième tiers doit être plus
rapide et efficace que brillant. Et qu'il y a mille critères pour
juger la bravoure d'un toro : son galop, son attention permanente à
tous les appels, la hauteur et la profondeur de sa charge, appréciable
dès qu'il freine sa course en direction des barrières, hypothétique
dans la cape des subalternes, exprimée ou dévalorisée
sous le poids du cheval puis dans la muleta de son matador. S'il pousse
vers les planches ou s'il sort seul dès qu'on ne lui ferme plus
la sortie. S'il attend ou s'il poursuit les banderilleros. S'il se grandit
au cours du combat. La transmission, la vibration, l'éclat de ses
assauts. Même si nombreuses sont les bêtes qui varient dans
leur comportement, le torero n'a pratiquement plus qu'un doute sur la
charge de son adversaire à la fin du deuxième tiers : sa
durée.
J'entends déjà rigoler les copains : à ce train,
on va bientôt tout supprimer, les piques, les banderilles, et il
n'y aura plus de combat. Cela me semble une illusion. Les grands combats
naissent de la souplesse de la lidia. Et il n'est pas question ici de
demander la suppression de quoi que ce soit, mais un tout petit peu de
souplesse. Que se passe-t-il dans les arènes où le règlement
est appliqué au pied de la lettre ? Madrid ? Pour certains, c'est
le nec plus ultra, mais vous y avez vu cette année de grandes corridas,
à part deux, trois à la rigueur ? De grandes faenas à
part
José Tomás ? En trois semaines, ce n'est pas beaucoup. Et
on n'osera pas la comparaison avec ce qui se passe dans les arènes
de deuxième catégorie Alicante, Burgos,
-
ou les françaises, où jusqu'à présent et dans
la plupart des cas, la loi ne reste jamais sans esprit.
Marc
Lavie
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