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126 lundi 16 août 1999

la fin du monde

Jadis, les devins étaient des savants. La science tirait plus sur le rêve que sur la réalité, les astronomes étaient souvent des astrologues.

Les prévisions de nos mages modernes, anciens fripiers ou stylistes de récupération, affolèrent la province. Ceux qui avaient passé leur jeunesse à emprisonner le corps des femmes dans des ceintures métalliques, nous expliquèrent que le jour de l'éclipse solaire, le mercredi 11 août, la station Mir tomberait sur le Gers. Et plus précisément sur Éauze et sur ses arènes.

Des précautions furent prises dès les premiers jours. De grandes baches installées sur le sol pour récupérer les morceaux. Les réserves d'Armagnac furent placées dans le sous-sol des bastides. Jean-Louis Darré, l'éleveur de l'Astarac, mit bouteilles et jambons dans la fosse à purin. Pierre Miquel demanda même l'asile politique à Biarritz et à Saint-Sébastien.

Suite à un violent orage, les voisins vicois, provocateurs des plus grands dangers, ne trouvèrent pas mieux que de reporter leur novillada d'été au mercredi 11 août en nocturne. Le soir de la fin du monde.

Ce furent des milliers de pèlerins qui se rendirent en cette soirée d'été aux arènes Joseph-Fourniol. Ceux qui croyaient les mages fripiers eurent le sentiment d'un dernier plaisir avant l'explosion de la planète. Le crépuscule tombait sur la Gascogne. La nuit s'annonçait historique : Vic, les Barcial et la fin du monde.

Mais les faux savants ont rarement raison. Et rien ne fut détruit. Ni les arènes d'Éauze. Ni les vignes qui donnent le meilleur alcool du monde. Ni la campagne vicoise. Et le spectacle du toro de combat dans sa plénitude fut passionnant.

Depuis que je suis né, j'entends dire que les lendemains s'annoncent terribles, qu'il y aura bientôt la guerre, et qu'il n'y a plus de toros. Et quand il n'y a plus de toros, c'est vraiment la fin du monde.
Mais les aficionados qui lisent les cartels ne se seront pas ennuyés cette semaine.

Les amateurs d'art auront admiré la plénitude de José Tomás, à Bayonne, à Dax et à Illumbe, l'art incomparable de Manzanares, la supériorité de Ponce et les triomphes historiques des arènes bayonnaises. Et les "toristas" auront été à la fête : quel lot de Cebada Gago à Bayonne et quel toro à Béziers ! Quelle présence des Pablo-Romero à Saint-Sébastien ! Quelle belle corrida d'Atanasio à Bayonne ! Quel sixième novillo de Barcial à Vic !

Au bout du compte, la fin du monde, c'est pas si mal que ça.

Marc Lavie


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