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L'afición du Sud-Ouest aura vécu un inoubliable week-end du 15 août entre Dax et Bayonne. Et ceux qui ont voyagé cet été, ne serait-ce que jusqu'à Pampelune et Saint-Sébastien, auront pu également se rendre compte de la supériorité, désormais indiscutable, de Enrique Ponce sur tout le reste des toreros. Depuis 1992, Ponce règne pourtant sans partage. Alliant presque tous les talents – technique, courage, art, plastique, intelligence – il aura pourtant longtemps énervé ceux qui lui ont presque toujours renié ses triomphes, lui cherchant de virtuels compétiteurs passés ou présents, dénonçant sans vergogne la facilité avec laquelle il torée et confondant le public en faisant passer l'aisance et la sérénité pour de l'artifice et du superficiel. Combien de fois ai-je entendu avec stupeur parler de la "légèreté", du "torero des bordures", du "toreo avec préservatif", et qu'il valait mieux avoir tort avec Zocato que raison avec Del Moral. La suprématie de Ponce sur tous ses compagnons d'étage est pourtant incontestée depuis des années. Il est la principale figure du toréo de cet entre deux siècles pour une raison bien simple : il sait égrener une tauromachie de filigrane, liée, reposée, parfaite mais surtout il est capable de le faire malgré les conditions adverses de nombreux toros. Et je dois dire qu'en trente ans de fréquentation assidue des arènes, c'est le meilleur torero que j'ai jamais vu. Et ce qu'il a fait à Dax mardi dernier reste le sommet de ma carrière d'aficionado. En fait, l'intelligentsia des tendidos, dans son loisir affiché d'aller contre la foule, renie souvent Ponce pour ce qu'il est plus que pour ce qu'il fait. Et c'est vrai que pour un journaliste sans compétence particulière en la matière, c'est un type désespérément normal, donc médiatiquement inintéressant. Sa mère ne l'a pas abandonné. Son père ne l'a pas battu. Il n'a souffert d'aucun régime totalitaire et n'incarne aucune minorité en péril. Il a épousé une très jolie femme et j'irai même à penser qu'il couche avec elle. Il parle normalement en regardant dans les yeux et n'éprouve pas le besoin de se singulariser hors des arènes. Et les gens qu'on qualifie de "poncistes", ceux d'avant
le 17 août 1999, ne vont voir toréer Ponce que pour le plaisir des yeux
: admirant sa capacité encore inestimable à s'adapter à toutes les situations
et à triompher des plus périlleuses. Et être à même, lorsque l'animal
se donne à fond, de toréer mieux que personne. les anciens numeros sur le web
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